Sanora Babb, Eux dont les noms sont inconnus, traduit de l'américain par Thierry Beauchamp, édité en France en 2024 aux éditions du Sonneur.
Babb a rédigé plusieurs articles sur un camp fédéral californien destiné aux réfugiés du Dust Bowl. Elle a travaillé pour aider ces réfugiés et a pris de nombreuses notes, à partir desquelles elle a écrit ce roman dans les années 30. Entretemps, elle avait prêté ses notes de terrain à un autre écrivain, John Steinbeck. Il n'y a aucun doute sur le fait que Steinbeck a largement puisé dans ce matériau, mais qu'il n'en a jamais rien dit. En 1939 Steinbeck fait paraître Les Raisins de la colère et c'est immédiatement un succès de librairie et un chef-d'oeuvre. Aucun éditeur n'a voulu du manuscrit de Babb, dont le propos était beaucoup trop proche. Il a fallu attendre 2004 pour que le roman paraisse aux États-Unis.
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| Münter, Jim Wade nourrissant les porcs, Arkansas 1900 |
Et alors ?
J'ai lu Les Raisins de la colère en mai 2024 et j'ai énormément aimé. Quelle ampleur ! Quelle vision ! Aucune restriction sur ce point.
Et pourtant je n'ai pas réussi à le lire. Sans doute un travers personnel : presque impossible pour moi de lire un livre dont je sais exactement où il va (et pourtant je relis beaucoup, c'est totalement incohérent). J'ai déjà lu cette histoire, je connais le rôle de chacun des personnages et les différentes étapes qu'ils vont franchir. Ma réaction me paraît complètement injuste, mais je n'ai pas réussi à m'intéresser véritablement à eux.
Je vous conseillerai donc, si possible, de le lire avant Les Raisins de la colère. Il serait dommage de ne pas lui donner sa chance.
(J'en ai quand même lu un joli morceau, je vous rassure.)
Les premières ténèbres s'élevaient telle une poussière bleue dans l'air, le ciel courbé semblait s'élancer plus haut et plus bleu encore au-dessus de la troupe. Les lapins bondissaient hors de la route tandis que les petites chouettes et les chiens de prairie se dressaient hardiment ensemble au milieu des monticules. Les hiboux fendaient le crépuscule et se posaient, tels des fleurs au sommet des frêles poteaux téléphoniques de la campagne.

Les raisins de la colère est un roman puissant. Je comprends qu'il soit difficile de s'en extraire même pour lire le roman dont il s'inspire.
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