La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



Affichage des articles dont le libellé est Elizabeth von Arnim. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Elizabeth von Arnim. Afficher tous les articles

vendredi 19 avril 2019

Elle ne désirait rien d’autre au monde que son bonheur.

Elizabeth von Arnim, Vera, traduit de l’anglais par Bernard Delvaille, publication originale 1921, édité en France chez 10/18.

Le père de Lucy vient de mourir et elle se retrouve étrangement seule et dépourvue devant la vie. Quand soudain surgit un homme sur le chemin, qui vient de perdre sa femme, et qui lui propose de partager leur chagrin. Peu à peu, ils en viennent à s’aimer et ils se marient, malgré l’effroi de tout l’entourage de la jeune femme.
L’effroi ? Car Everard a vingt ans de plus que Lucy, que sa femme est morte dans des circonstances étranges et scandaleuses, qu’il a une opinion simple sur tout et est très satisfait de lui. Car elle est une toute jeune femme dans une société où elles sont si faciles à broyer.

Elle n’avait jamais songé à savoir qui il était, et encore moins à le lui demander. Elle s’était contentée, parfaitement heureuse, d’appuyer sa tête sur sa poitrine.
- Oui, qui est-ce ? Mis à part qu’il est veuf, fit Miss Entwhistle. Cela, nous le savons, mais ce n’est quand même pas un métier !
- Je… je crois que je n’en sais rien, répondit Lucy, assez niaisement.

Cela a un petit air de Rebecca bien sûr et le lecteur se prend à guetter les points de convergence. Il n’y en a guère en réalité, à part cette personnalité trouble du mari et une maison pleine de menaces. Le point de vue du récit alterne entre celui de Lucy, de sa tante et d’Everard, ce qui permet au lecteur d’approcher les différents personnages. Elle est amoureuse et est aveugle à tout ce qui est négatif, la tante est impuissante et lui ne pense qu’à lui. Cette alternance est assez habile et nous plonge au cœur du malaise. Nous voyons le piège se refermer inexorablement sur Lucy sans rien pouvoir y faire.
Le récit est également servi par une grande ironie, très anglaise, à l’égard de tous les personnages et de leurs préjugés. Cette ironie s’applique également aux grands romans sentimentaux où l’amour déboule sur un chemin dans les yeux d’un inconnu (en réalité, non !).
Le seul bémol que j’ai ne remet pas en cause la réussite du roman, bien au contraire, mais j’ai trouvé que c’était une œuvre si triste ! Je n’ai aucune envie, moi, de m’enfermer avec Everard. Nous sommes dans un huis-clos. Le mariage est ici raconté comme le récit d’une prédation et d’un emprisonnement physique et mental, surtout mental et affectif, et c’est bien déprimant. Le roman manque sans doute d’effets de surprise, en étant déterminé par sa fin, et j’ai passé plusieurs pages dans la deuxième partie.
 
Mossa, David et Bethsabée, 1906, Nice BA.
Il y eut un petit moment de gêne, lorsque Miss Entwhistle, les larmes aux yeux (elle dégustait le blanc-manger, dernier plat d’une série froide et décolorée grâce à laquelle la cuisinière, d’origine celte, avait pensé manifester sa respectueuse compassion)…

Ce genre de détail surréaliste fait toute la réussite du livre.

Mais elle ne pouvait se faire à l’idée de savoir Wemyss tout à côté… Pardon… Everard. Sa manière de faire la cour ne devait pas être… – elle chercha un mot, l’esprit un peu confus – oui, ne devait pas être vé-gé-ta-ri-en-ne. Ce mot exprimait bien sa pensée : cela n’était sûrement pas végétarien.

De la même, j'ai aussi lu Elizabeth et son jardin allemand.


lundi 14 mars 2016

Ma conscience était pure, mon foie en parfait état de marche, et le soleil éclatant !

Elizabeth von Arnim, Elizabeth et son jardin allemand, traduit de l’anglais par François Dupuigrnet Desroussilles, 1898.

Un petit livre idéal pour se délasser en plein déménagement (du vécu !).

L’auteur se met en scène dans son amour pour son jardin. Anglaise, mariée à un comte allemand, appelé familièrement l’Homme de Colère, Elizabeth raconte ses deux premières années dans une bâtisse de Nassenheide à déployer ses efforts de jardinage. Elle a trois enfants (le bébé d’avril, le bébé de mai et le bébé de juin) et quelques domestiques, mais les devoirs de maîtresse de maison ne l’intéressent guère et elle préfère passer son temps dehors à élaborer des projets de massifs et de plantations, à lire (= à rêvasser) sous les arbres et à distribuer ordres et conseils au jardinier. J’ai eu l’impression d’une grande dame commandant des graines et des plants par chariots entiers et enquiquinant le jardinier pour obtenir ses plates-bandes rêvées (alors qu’on sait bien que les jardiniers n’en font qu’à leur tête), parce que la décence (à la fin du XIXe siècle) ne permet pas à une femme comme il faut de se jeter sur une bêche.
 Moi, ce sont les fleurs de cactus dont je suis fière !

L’amusant est que le texte de l’édition Salvy est précédé d’une présentation par E. M. Forster qui enseigna l’anglais quelques années plus tard aux enfants d’Elizabeth et qui se souvient bien mieux de la nature et des paysages alentours que du jardin à proprement parler.
Je me suis régalée des délicieux noms des roses : Jaune Perse, Safran, Laurette Messimy…

L’Homme de Colère affecte le plus grand mépris pour ces pique-niques, étant parfaitement indifférent à la nature, aux bras de mer gelés, et à la beauté d’une forêt qui ne lui appartient pas. Le moindre des navets, pourvu qu’il pousse sur ses terres, lui paraît infiniment plus beau que le plus haut, le plus rose, le plus droit des pins couronnés de neige qui se dressent dans le soleil levant. Admirez à cette occasion la supériorité manifeste de la femme qui, après avoir admiré la beauté du pin, rentre tranquillement chez elle manger le navet.