La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



lundi 12 mars 2012

À midi mon cerveau est une torche. Puis il perd de son feu et le soir venu j’arrête parce qu’il ne reste que des braises.


Mario Vargas Llosa, La Tante Julia et le scribouillard, traduit de l’espagnol (Pérou) par Albert Bensoussan, éd. originale 1977, Paris, Gallimard, 1979.

De Vargas Llosa, j’ai beaucoup aimé La Fête au Bouc et quand on m’a chaudement recommandé ce roman-ci, hop ! C’est brillant, drôle et rocambolesque.
Le narrateur est un jeune homme de 18 ans, vivant à Lima, étudiant mollement le droit et travaillant – un peu – à la radio. Deux événements viennent marquer sa vie : l’arrivée d’un auteur de feuilletons de radio qui compose les histoires les plus extraordinaires pour les auditeurs, Pedro Camacho. Et surtout, surtout, l’arrivée de la tante Julia, divorcée, en quête de mari. Ils tombent tout doucement amoureux en dépit de la différence d’âge. Entre le récit du narrateur (lequel est inspiré de la jeunesse de Vargas Llosa) s’intercalent des épisodes… bizarres. De courts chapitres mettant en scène un spécialiste de la dératisation, une pension de famille, un super flic… tous très étranges et invraisemblables… mais le lecteur comprend progressivement la place de ses portraits dans la vie du héros, ce serait dommage d’en dire plus.
Il s’agit d’un roman brillant et drôle. L’auteur y peint sa jeunesse et les circonstances de son premier mariage, mais aussi rend hommage à la puissance et à la magie des narrations romanesques. La peinture de la famille et des amis du narrateur donne lieu à des portraits pittoresques, tout est virtuose et irrespectueux. Décidément j’aime Vargas Llosa…

mon exemplaire. M&M
La famille, à commencer par ses parents, horrifiée face à pareil scandale – je crus alors que le scandaleux était que son mari fût chinois, mais maintenant je déduis que sa tare principale était d’être épicier – avait décrété sa mort de son vivant et ne lui avait jamais plus rendu visite, ne l’avait plus jamais reçue. Mais quand elle mourut vraiment ils lui pardonnèrent – nous étions une famille sentimentale, au fond – , ils allèrent à la veillée funèbre et à son enterrement, et versèrent bien des larmes pour elle.

Petite note touchante : ce Camacho vit uniquement de ses feuilletons radios. Rien de glorieux. Camacho n’a lu aucun auteur (ni Proust, ni Balzac), ne connaît pas Paris et ses chambres de bonnes, vit misérablement avec sa machine à écrire. Mais il est, dans l’entourage du narrateur, la seule personne à vivre uniquement par et pour sa plume. Alors… est-ce un écrivain ?

J'ai retrouvé l'avis de Chiffonnette et celui de Keisha.

Participation au challenge d'Yspaddaden : Les 12 d'Ys, catégorie "Nobel de littérature", 3/12.

8 commentaires:

  1. Ce livre est un grand livre à mes yeux, une petite merveille. Je n'oublierai jamais Pedro Camacho et sa fiction délirante.

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  2. c'est un de mes meilleurs souveirs de lecture ! comme tu dis quelle impertience merveilleuse ; je l'ai lu en espagnol.

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  3. Vous employez exactement les bons mots, merveille, délire, impertinence... c'est tout cela !

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  4. Le titre m'intriguait. Je n'ai jamais rien lu de l'auteur mais tu titilles ma curiosité.

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  5. Bonjour Nathalie,
    C'est un livre noté... pour quand je me déciderai d'intégrer le groupe de Ys !

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  6. Marie : La Fête au Bouc est aussi TB, à propos d'une tentative d'assassinat sur le dictateur Trujillo en rep. dominicaine. Très réussi.
    Syl. tu as jusqu'en décembre tu sais !

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  7. Voilà un livre qui pourrait bien me réconcilier avec l'auteur.

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  8. Je ne savais pas que tu étais fâchée avec Mario Alex ! Je n'ai lu que deux romans de lui et les deux m'ont plu.

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