La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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mercredi 12 décembre 2012

Oui. C'est vrai. Le roi de Finlande. A-t-il été aimable ?


Carson McCullers, La Ballade du café triste, traduit de l'américain par Jacques Tournier, 1e éd. 1943, Paris, Stock, 1974.

Le premier récit qui donne son nom au recueil prend place dans une petite ville américaine, où tout le monde se connaît. Le récit est rétrospectif, ce qui fait que le lecteur sait déjà la triste fin de l’héroïne, Amelia. Miss Amelia. Cette femme forte comme un homme, qui sait se battre à coup de poing et fabriquer de l’alcool. Elle découvre l’amour mais le perd et toute la ville est là comme témoin. La description de la ville est très réussie : la poussière des routes, la chaleur, le soleil qui fait tourner les couleurs, c’est très visuel. Les portraits des personnages alternent entre figures sortant de l’ordinaire et d’autres plus communes, créant ainsi l’image d’une vraie communauté dont le centre serait le magasin de miss Amelia.
Les autres nouvelles détaille la complexité des relations humaines et leur ambiguïté : les mensonges nécessaires pour vivre, l’affection entre un mari et sa femme alcoolique. Le tout dans un langage plein de poésie et de mélancolie.

Carson McCullers, 1959.
Van Vechten, image Wiki.
 C'était une femme grande et sombre, avec une charpente et des muscles d'homme, des cheveux coupés court coiffés en arrière, et, tout autour de son visage brûlé par le soleil, un air de noblesse égarée et hautaine. Elle aurait été belle s'il n'y avait eu déjà ces yeux qui se croisaient. Certains auraient aimé lui faire la cour, mais elle se moquait de l'amour que lui portaient les hommes. C'était un être solitaire.


Je ne l'ai pas lu dans de très bonnes conditions et je pense le relire car je sais avoir manqué de nombreuses qualités. Et de ce fait je n’ai pas grand chose à en dire, ce qui me désole, j’aimerais bien vous donner envie de connaître cet auteur. Nadège (hébergée par Anne) est plus prolixe.

Cette lecture clôt le challenge les 12 d’Ys (12/12, catégorie "auteur en Mc") qui m’aura permis de découvrir, outre Carson McCullers, Rosa Montero, Janet Frame et de redécouvrir Karen Blixen. Un challenge original qui a dû demander beaucoup de patience à Yspaddaden pour actualiser chaque mois tous les liens et très riche pour moi.








lundi 12 novembre 2012

Ce ne sont pas les meilleurs qui ont survécu, ni qui sont morts. C'était le hasard.


Art Spiegelman, Maus. I. Mon père saigne l’histoire. II. Et c’est là que mes ennuis ont commencé, traduit de l’américain par Judith Ertel, 1e éd. 1981-1991, Paris, Flammarion, 1987 et 1992, lu en intégrale, 2012.

Les souris mal déguisées en cochons (les Polonais non juifs)

J’ai enfin lu ce chef-d’œuvre de la littérature après une longue attente*. L’auteur interroge son père, juif polonais exilé aux États-Unis, survivant de l’Holocauste. La première originalité est bien connue : les personnages sont incarnés par des animaux, et les juifs sont des souris. Au-delà du jeu de mot avec Mickey Mouse, de la réutilisation de la propagande nazie, et du symbole, les êtres humains étant réduits à l’état animal, que ce soit du côté des bourreaux ou des victimes, cela permet une prise de distance sans doute indispensable au vu des événements rapportés. 

Cela permet aussi d’accentuer les schématiser davantage les traits, les personnages étant des silhouettes, des yeux, des bouches… J’ai lu plusieurs récits, documents et romans sur le sujet (sur ce blog, Être sans destin d’Imre Kertész) et je suis frappée de voir le nombre de choses que l’on apprend dans cette bande dessinée : les détails de la chronologie avec une Pologne divisée en plusieurs régions, les différents ghettos, l’agencement des fours crématoires, la tentative des Allemands de déplacer leurs prisonniers à la débâcle… 

La lecture est très prenante car Spiegelman raconte aussi sa lutte avec son père pour avoir le récit des faits, ses visites, ses questions… Vladek Spiegelman n’est pas sympathique, c’est le moins que l’on puisse dire, et sa personnalité fait intimement partie du récit effectué par son fils. L’auteur semble affronter avec ses dessins l’Histoire et l’histoire familiale, c’est bouleversant.


* J’ai lu À l’ombre des tours mortes, la bande dessinée que Spiegelman a publiée après le 11 septembre et j’ai visité en 2007 l’exposition De Superman au chat du rabbin du Musée d’art et d’histoire du judaïsme qui se penchait sur les créateurs juifs (notamment juifs américains) dans l’art de la bande dessinée.
Sur Maus, l’avis de Pauline. Les 12 d'Ys, challenge d'Yspaddaden, 11/12.


vendredi 12 octobre 2012

Scott fait des romans, mais Zelda fait sensation.


Kendall Taylor, Zelda et Scott Fitzgerald. Les années 20 jusqu’à la folie, traduit de l’américain par Camille Fort, 1e éd. 2001, Paris, Autrement, 2002.

J’avais un poil de méfiance en abordant cette biographie car je craignais quelque chose de trop binaire. Mais si l’on plaint Zelda et que Scott est bien un beau salopard, Taylor restitue bien la complexité et la profondeur de leur relation.

 Il s’agit d’une biographie de Zelda et du couple Fitzgerald, les deux étant envisagés comme une entité, ce qui est intéressant. S’il n’est pas question pour moi de vous relater la vie de ces deux auteurs bien connus (et puis Asphodèle raconte très bien), j’ai envie de souligner quelques aspects remarquables. Tout d’abord, la vie des Fitzgerald a un point commun avec la biographie de Taylor : il s’agit de collectionner les noms propres. Toutes leurs relations sont listées : riches familles américaines, auteurs, condisciples de lycée, danseurs, journalistes, stars, fêtards… Certaines reconstitutions de milieux sont impressionnantes comme le New York, le Paris autour de Gertrude Stein, les clubs de jazz noir américains de Paris… Le décalage d’époque est aussi impressionnant. On connaît le plaisir que prend Zelda à choquer son monde : par exemple, elle se rend à la piscine de Montgomery alors qu’elle est enceinte, et la vue de ce gros corps de femme est apparemment un grand scandale ! J’ai aussi été frappée par le fait que Taylor peut reconstituer le moment exact de chaque photo de Zelda qui nous est parvenue : on est bien loin de notre époque où les photos se multiplient chaque jour !

En ce qui concerne le couple Fitzgerald, tout est raconté, de la rencontre à la destruction. Le personnage que chacun joue, ses faiblesses et ses contradictions. Il manque quelques considérations sur les œuvres littéraires à mon goût même si je reconnais que ce n’est pas le propos de l’auteur. Mais à propos de Gatsby le magnifique cela m’a manqué. Il faut reconnaître que Taylor le fait très bien à propos du personnage de la flapper, montrant bien ce que ce mythe doit à de vraies jeunes filles et notamment à Zelda qui incarne un modèle dans son paroxysme, comment il doit aussi à plusieurs écrivains et notamment à Fitzgerald qui reprend des pages et des tirades de sa femme tout en créant un véritable personnage symbolisant toute une époque.
Période de liberté et de conservatisme et de sexisme, tout est mêlé.


E. Hopper, Tables pour Dames, 1930
New-York, The Metropolitan Museum of Art, image RMN.

 Extrait d’une lettre de Zelda à Scott, digne d’une peinture impressionniste :
La Madeleine était-elle rose, à cinq heures du soir, et les fontaines chutaient-elles avec une délicatesse un peu creuse dans le cadre que dessine l’espace sur la place de la Concorde ? demanda-t-elle à Scott. Le bleu sortait-il en catimini de derrière les colonnades dans la rue de Rivoli, à travers les Tuileries, et le Louvre était-il gris et et métallique dans le soleil, et les arbres ployaient-ils moroses au-dessus des cafés, et y avaient-il des lumières la nuit, et le cliquetis des soucoupes, et les klaxons des voitures qui jouaient Debussy ?

Je suis en train d’achever ma lecture et j’ai hâte de lire les écrits de Scott et de Zelda maintenant !
10/12 pour les 12 d'Ys. Une troisième participation au défi d'Asphodèle Fitzgerald et les enfants du jazz. Et une deuxième pour Histoire de familles.



mercredi 12 septembre 2012

Quand je donne un cours, je me prends pour une colonne dorique du Panthéon.

Marisha Pessl, La Physique des catastrophes, traduit de l’américain par Laetitia Devaux, 1e éd. 2006, Paris, Gallimard, 2007.


Quand j’ai vu que ce livre entrait dans le challenge d’Ys, je me suis décidée. Pour moi il appartient à la catégorie « on en a beaucoup entendu parler, voyons ce que ça donne ». Verdict: mwais.

Le prétexte du récit : la narratrice, Bleue, une jeune fille de 16 ans, fille unique et adorée d’un spécialiste de sciences politiques, raconte sa dernière année de lycée avant son entrée à Harvard. Elle fait le détail de sa vie avec son père (veuf et adulé), de ses relations avec les autres lycéens, de son amitié avec une enseignante, dont on sait dès le début qu’elle s’est suicidée. Bleue veut nous faire croire que c’est ce suicide et le traumatisme engendré qui sont au cœur du récit. En réalité elle raconte son passage à l’âge adulte et l’impossible moment où elle a dû couper le cordon avec son papa.
La méthode : ce qui a fait la célébrité du livre est qu’il est gorgé de citations et d’allusions à une multitude de films et de livres dans des rapprochements le plus souvent absurdes et brillants, un peu comme un prof de fac ponctue le moindre de ses propos de notes bibliographiques. 

Voyager en sa compagnie n’avait rien de cathartique ni de libérateur (voir Sur la route, Kerouac, 1957).

Cette méthode est poussée à son extrême, donc tournée en dérision. Les références culturelles deviennent des marques, des étiquettes, et perdent toute valeur. Bleue a une fièvre consumériste de la référence intello.
  
La dame faillit tomber de sa chaise face à l’éloquence de papa. Sur le moment, je crus qu’il paraphrasait un toast irlandais, mais je vérifiai plus tard dans Au-delà des mots de Killings (1999), sans rien trouver. C’était bien du papa.

Il y a aussi des comparaisons impossibles et grotesques : un chemin dans la forêt rapproché de différentes institutrices ou une employée de l’école analysée, attitude par attitude, en Eva Perón.

Des femmes en petits cercles resserrés bavardaient en triturant leurs cheveux comme si elles essayaient d’arranger un bouquet de fleurs défraîchies. Elles nous décochaient des regards noirs, surtout à Jade (voir « Chien de chasse grondant », La Vie dans les Appalaches, Hester, 1974, p. 32).

Matisse, Conversation, 1909-1912, Saint-Pétersbourg,
 Musée de l'ermitage, image M&M.
C’est amusant et virtuose. Ce livre se moque des érudits et des amateurs de citations et de références, on peut raconter n’importe quoi à partir d’une bibliographie sans nom. Il s’agit d’un exercice de potache, un peu lassant à la longue. Le roman est TROP long (400 pages auraient suffi) et j’en ai eu ma claque, d’autant que la narratrice n’a rien de très sympathique et que l’on ne voit pas trop où elle veut nous mener. Le jeu littéraire ne pallie pas l’absence d’écriture et de construction narrative. Ma curiosité est assouvie à propos de ce phénomène.

9/12 participation aux 12 d'Ys catégorie "jeunes auteurs américains". Et première participation au Challenge Prix Campus.



mardi 21 août 2012

Les vagues, telles des méduses rejetées sur la plage, semblaient faites d’une substance singulière.


Karen Blixen, Sept contes gothiques, traduit de l’anglais par Gleizal et Huet, 1e éd. 1934, Paris, Stock, 1980.

J’avais lu il y a pas mal d’années Out of africa mais je ne connaissais pas du tout ces « contes » « gothiques », découverts grâce à quelques blogs littéraires. Et c’est formidable ! Je ne comprends pas qu’ils ne soient pas plus connus ; c’est une très belle littérature.

Il s’agit de 7 courts récits, d’une écriture dense. Il est difficile de résumer leurs intrigues, très différentes, mais à l’atmosphère proche.
Les héros sont souvent allemands, anglais ou danois, mais aussi souvent confrontés à un ailleurs poétique et géographique. L’Italie est le lieu magique bien sûr, où les femmes sont différentes, où l’air a une saveur nouvelle (comme chez Stendhal). L’Italie est à ce point symbole d’un pays rêvé (passé nostalgique, ou inatteignable) que les deux sont synonymes. Une ville italianisée devient un rêve et vice-versa. La ville allemande de Weimar se voit ainsi qualifiée de « balsamique » dans une évocation idyllique.

La Soirée d’Elseneur baigne dans un climat de peinture hollandaise : un petit port, des maisons très bien tenues, l’atmosphère nordique si différente du tropisme italien, avec le patin à glace, le fantastique est ici quotidien et domestiqué.

On retrouve à plusieurs reprises le personnage d’une femme de pouvoir, âgée (souvent aristocrate), ancienne beauté, maintenant loin des futilités, possédant une sagesse et un pouvoir différent. Son apparence physique est déjà celle d’une tête de mort, par la maigreur de l’âge. Elle se charge quelquefois de la protection d’un être plus jeune, homme ou femme, à qui il s’agit de transmettre toute la magie de la vie. Si les récits se tiennent quelque part dans le XIXe siècle, elles ont alors leur jeunesse ancrée dans un XVIIIe siècle rêvé et envolé, ou dans une épopée napoléonienne enfuie. Elles contribuent à donner la note mélancolique à plusieurs récits, qui hésitent entre le monde moderne et le passé. Leur seule présence met le héros au contact de la mort, du passé et d’un savoir inconnu. C'est donc un livre à recommander pour les adeptes du challenge Ô vieillesse ennemie.

Ruisdael, La Ville de Deventer vue du nord-ouest,
Londres, National Gallery, image RMN.
 Le fantastique est discret, le fantôme normal comme un navigateur hollandais. Seul un singe joue un rôle vraiment inquiétant. De façon générale, il y a une vraie sensibilité à l’égard du paysage. Forêts, rivages, montagnes, douceur de l’atmosphère, fleurs, printemps, lumière particulière de l’été du Nord… nous ne sommes pas dans un roman français !

Les clins d’œil littéraire sont nombreux, difficile ainsi de ne pas penser aux Antiquaires de Balzac à l’évocation de la ville de Saumur dans Le Poète.

Du porche de l’église, le conseiller observait la petite scène avec un intérêt singulier. Il n’en pouvait détacher les yeux. Les deux jeunes gens étaient extrêmement intimidés. La grâce lourde et lente du jeune homme, l’extraordinaire légèreté de mouvements de la jeune femme, leur double timidité donnaient à cette courte rencontre une force, une portée particulière, comme si elle impliquait un secret et toutes sortes de possibilités.

L'avis de : VilvirtCatherine (déçue), MazelEstelle. Nouvelle participation aux 12 d'Ys (on peut publier le 21 pour se rattraper, ouf !), catégorie scandinave. 



Je pensais publier des billets cette semaine mais entre un déplacement à Paris, des occupations prenantes et un soupçon d'anémie, ce ne sera pas possible. Je répondrai aux commentaires tout de même mais le prochain billet sera pour samedi ou dimanche.

dimanche 12 août 2012

Les notes sont venues, je les ai tirées les unes après les autres de l’instrument, je leur ai permis de sortir, j’ai essayé de ne pas trop leur faire violence.


Nancy Huston, Les Variations Goldberg. Romance, écrit en français, Paris, Seuil, 1981.

Liliane s’installe au clavecin, dans sa chambre, et joue, devant 29 personnes, des proches qu’elle a réunis pour l’occasion. Elle joue Les Variations Goldberg, composées par Bach en 1740. Et nous plongeons dans les pensées de chacune des personnes présentes, de la musicienne à la tourneuse de pages – comment un écrivain pourrait-il rendre l’attention à la musique ? D’autant que le cerveau des auditeurs ne s’arrête jamais : il écoute, pense à la lumière qu’on a oublié d’éteindre, à d’anciens amants, à la musique bourgeoise, à des ballades irlandaises… Nancy Huston donne 32 fragments du monologue intérieur de toutes les personnes présentes dans la pièce, suivant la progression des Variations, avec une pause entre chaque, avec un changement de rythme et de voix à chaque fois.
Les voix s’entrecroisent sans chercher à forger un récit (pas comme dans un roman chorale où chaque narrateur raconte sa version des faits), il s’agit simplement d’ajouter quelques pages à ce concert, de le remplir un petit peu. Un peu comme dans une soirée où l’on parle avec plein de gens sans tout comprendre de leur identité et de leurs liens.

Cézanne, Jeune fille au piano ou L'Ouverture de Tannhäuser,
vers 1869, musée de l'Ermitage, image M&M.

C’était la première fois que je lisais un roman de Huston, j’avais choisi celui-ci à cause de Bach, je suis intéressée mais pas conquise. Je le considère comme un exercice de style très réussi, d’une lecture très agréable mais je me demande ce qu’il en est quand elle se jette dans le roman. Je compte donc lire d’autres œuvres de Huston, ma curiosité est éveillée.

Ici, personne ne pleure, personne ne pleurera. La musique de chambre n’a pas été faite pour ça. Les gens s’assemblent, plus ou moins sur leur trente et un, pour assister au déroulement d’un rituel. Corrida en sol majeur. Mais qu’espèrent-ils y ressentir ? Et qu’est-ce que j’y ressens ?

Challenge les 12 d'Ys, catégorie "auteur francophone", 7/12.



jeudi 12 juillet 2012

L’oiseau et le poisson peuvent tomber amoureux. Mais où construiront-ils leur nid ?


Richard Powers, Le Temps où nous chantions, traduit de l’américain par Nicolas Richard, 1e publication 2003, Paris, Le Cherche midi, 2006.

J’avais essayé de lire ce roman au printemps mais sans succès. Comme j’en entendais beaucoup de bien, j’étais décidée à lui laisser sa chance et j’ai emmené ses 1040 pages avec moi en Finlande. Je l’ai fini mais je ne suis toujours pas convaincue.
L’histoire a tout pour intéresser. Nous sommes aux États Unis, dans les années 60. Nous suivons le destin de la famille Storm du point de vue de Joseph, le fils cadet, et un peu aussi, grâce à des retours en arrière, de Delia, la mère. À la lecture progressive du 1er chapitre nous comprenons lentement que cette famille n’est pas comme les autres et pas seulement en raison du don pour la musique qui habite chacun de ses membres. Le père David est un juif allemand dont toute la famille a péri sous le nazisme, immigré mais blanc. La mère Delia descend des tout premiers habitants de l’Amérique, elle est noire. Leurs trois enfants sont chacun d’une couleur différente mais tous ont sur leur acte de naissance la mention « de couleur ». Élevés dans l’amour et la pratique instinctive de la musique classique, ils ignorent tout du monde extérieur et de la folle ségrégation. Le roman raconte leur vie.


Les fils virtuoses de la musique classique, celle des blancs, celle de l’Europe. La fille qui s’engage pour le combat pour les droits civiques. C’est d’abord cela que raconte le livre : une mère qui ne peut accompagner ses enfants dans un magasin car ils n’ont pas la même couleur de peau. C’est extrêmement intéressant d’avoir accès aux récits des souffrances anciennes et quotidiennes, aux combats et déchirements intérieurs toujours recommencés – mais le livre est loin d’avoir la violence de Chien blanc de Romain Gary.
Les passages les plus réussies sont celles où l’auteur essaie de décrire la musique, la voix, les concerts, les chœurs, les mouvements des instruments. C’est un pari audacieux et réussi, le livre donne envie de musique, toutes sortes de musiques.
Mais l’ensemble du livre m’a laissée un peu froide et les personnages ne m’ont pas intéressée. C’est dû à l’écriture qui assourdit tous les événements et met du miel là où il faudrait un peu de relief. C’est dommage.

Des huit vives mesures, la voix de soprano s’élève, comme un crocus poussé dans la nuit sur un gazon encore frappé par l’hiver. L’air progresse de la manière la plus simple : un do stable entre sur le temps faible, tandis que le temps fort se rétablit sur le instable de la gamme. À partir de cette impulsion légère, le morceau se met en mouvement, jusqu’à se chevaucher lui-même, se livrant à une sorte de catch à quatre avec son propre double alto. Puis, en une improvisation commandée par la partition, les deux lignes de chant se replient sur le même inévitable sentier de surprises, moucheté de taches mineures et d’une lumière soudain vive.

Participation aux 12 d'Ys, catégorie "pavé" (6/12). Le billet de Bernard qui avait beaucoup aimé.




mardi 12 juin 2012

Les préjugés étaient comme des échardes dans les mains et les certitudes s’accompagnaient d’un hérissement de l’estomac.

Leonardo Padura, Adios Hemingway, traduit de l’espagnol (Cuba) par René Solis, 1e parution au Brésil en 2001, Paris, Métailié, 2005.

Un petit livre qui a attiré ma curiosité car il mêle Cuba et Hemingway. C’était une lecture agréable, prenante, même si je ne suis pas certaine qu’il en reste grand chose dans quelque temps.
Le récit se place vers la fin des années 90, à Cuba. À la Finca Vigía, la maison d’Hemingway, devenu un musée mort depuis longtemps, un ouragan a déraciné un arbre et déterré un cadavre et les deux balles qui l’ont tué. La police confie l’enquête au Conde, flic à la retraite, un peu écrivain, ex admirateur de l’américain. Il se plonge dans la vie d’Hemingay, rencontre les derniers survivants de cette époque… et boit du rhum.
En parallèle, on suit quelques heures de la vie d’Hemingway, âgé, alcoolique. Le roman évoque sa vie violente, son goût pour les armes, la chasse et la tauromachie, la vie guerrière sous toutes ses formes. Ça n’en fait pas un portrait très sympathique mais troublant, humain, empreint de pathétique et de puissance.

Bar Hemingway à Turku (Finlande)
image M&M.
Le roman de Padura est court, se penche plus sur Hemingway (très envie de relire ses livres maintenant) que sur Cuba, à l’exception du rhum et des combats de coq. C’était une parenthèse agréable dans le temps. Ah… et la petite culotte d’Ava Gardner fait une superbe apparition.

Je n’ai pas trouvé qui avait tué le mort, ni qui diable cela peut être. Mais j’ai découvert une chose triste, personnelle et définitive, j’ai découvert qui je voudrais qui soit l’assassin.
-       Mais cela, Conde, toute la Havane le sait… Ce qui est incroyable, c’est qu’il t’ait autant plu à une époque.
-       J’aimais sa façon d’écrire.
-       À d’autres, mais pas à moi. Tu aimais aussi le bonhomme.

Nouvelle participation au challenge les 12 d’Ys d’Yspaddaden pour la catégorie auteurs latino-américains". Et d'ailleurs l'avis d'Yspaddaden sur ce livre.


samedi 12 mai 2012

Je ne vois plus devant moi que le tombeau de cette Hélène qui, dans Albano, semblait s’être donnée à moi pour la vie.


Stendhal, Chroniques italiennes, publication progressive, pour la 1e fois en recueil en 1855, après la mort de l’auteur.

J’ai lu cette semaine ces Chroniques italiennes, un recueil de textes composés par Stendhal à partir d’anciens manuscrits italiens qu’il possédait en quantité. L’auteur choisit, traduit, commente, ajoute ou retranche, italianise la langue française, stendhalise l’italo-français et prend soin de souligner que les mœurs d’alors sont loin de la vanité française d’aujourd’hui.
   Il s’agit de 8 histoires, se déroulant pour la plupart à la Renaissance. Après la lecture, ces récits se mêlent un peu dans ma mémoire mais j’en retiens la peinture de mœurs violentes, de familles cruelles et de femmes intelligentes et décidées. Plusieurs histoires se déroulent dans les murs de couvents, où les filles sont placées là par leur riche famille pour éviter d’avoir à les doter et laisser toute la fortune aux frères. Les discours que Stendhal met dans la bouche de certaines de ces demoiselles sont d’une grande lucidité quand à la violence qui leur est faite et le rôle tenu par leurs discrets amants, sorte de consolation pour leur vie perdue. Le temps est violent pour l’amour, l’honneur veut qu’un mari tue sa femme adultère, que des frères tuent leur sœur en cas d’un amant brigand et Stendhal hésite à être fasciné ou terrifié. Lui-même regrette ce temps disparu des passions entières mais demeure tout de même un peu craintif devant ces belles qui mettent à mort leurs amants. Le tout est raconté dans la langue rapide coutumière, sans pathos, avec vivacité.


L. Bernardino, Portrait de femme, v. 1520/1523,
 Fresque provenant de la Villa Pelucca
Londres, Wallace Collection, image RMN

Alors, tu t’en souviens, tu te mis à mes genoux ; je me levai, je sortis de mon sein la croix que j’y porte, et tu juras sur cette croix, qui est là devant moi, et sur ta damnation éternelle, qu’en quelque lieu que tu pusses jamais te trouver, que quelque événement qui pût jamais arriver, aussitôt que je t’en donnerais l’ordre, tu te remettrais à ma disposition entière, comme tu y étais à l’instant où l’Ave Maria du Monte Calvi vint de si loin frapper ton oreille.


Les avis de Claudia Lucia, un billet où elle présente la composition du recueil, Vittoria Accorombia et Vanina Vanini et un billet sur Les Cenci.Et quelques mots de Miriam
Ceci est ma première étape au viaggio, la participation de mai au challenge les 12 d’Ys (4/12) d'Yspaddaden et une nouvelle participation au challenge Stendhal de George.


parce que ce sera l'humeur de
la semaine

jeudi 12 avril 2012

Un peu hésitant, moins sûr de la fidélité de ses propres souvenirs, et ne sachant plus très bien combien de flaques lumineuses jalonneraient sa rue nocturne.


Thomas Pynchon, V., traduit de l’américain par Minnie Danzas, 1e édition 1963, Paris, Seuil, 1985.

Résumer un roman de Pynchon relève toujours du défi olympique… mais je me lance bravement.
Le premier fil du récit (ou plus exactement le premier écheveau, vu l’embrouillaminis) tourne autour d’une poignée de jeunes gens, actifs à New York, vers 1955-1956. On s’attache à Profane, ancien membre de la marine militaire américaine, à sa rencontre avec Rachel (dont vous avez ici le récit), et à quelques zigotos de son acabit. Profane fait le yoyo, c’est-à-dire qu’il va d’un lieu à l’autre et revient, sans but réel, mené par les événements et l’alcool. Quelques bagarres mémorables, des boulots originaux (chasseur d’alligators dans les égouts de New York) le mènent. Parmi ses connaissances, Herbert Stencil, un homme curieux animé d’une quête personnelle.
Stencil – qui parle de lui à la 3e personne – a trouvé trace dans les papiers de son père d’une mystérieuse V. Est-ce une femme ? cette Victoria présente au Caire au moment de Fachoda ? une espionne ? Veronica, un rat femelle convertie au catholicisme par un curé new-yorkais ? Est-ce une ville lointaine (rappelant celle évoquée dans Contre-jour), à la tête d’un réseau de tunnels reliant le pôle Sud au volcan du Vésuve ? Est-ce une automate ? (car les êtres automates hantent tout le roman, apparaissant, disparaissant de manière inattendue). Stencil cherche, il erre de Florence (avec des espions du Venezuela) (ou le vol d’une Vénus de Botticelli) au Caire, écoute le récit des féroces répressions allemandes en Afrique du Sud (le récit en est proprement terrifiant), n’oublie pas les théâtres parisiens mais reste fasciné par La Valette à Malte.

Vous n’avez rien compris ? C’est bien normal. Stencil est un personnage obsédé par l’idée d’un complot autour de V., partant sur la moindre trace que lui laissent les illuminés trouvés sur sa route. Les épisodes rocambolesques se succèdent, et on oublie vite la chronologie de l’ensemble. Pynchon excelle dans l’art de lancer des pistes, des indices à multiples sens, les motifs se retrouvent de chapitres en chapitres et le lecteur peut en devenir fou.
Un résumé ordonné du livre sur Wikipedia.

Pynchon apparaît dans un épisode
des Simpsons "Diatribe of the Mad Housewife"
Image Wikipedia.
Cette semaine-là, ils avaient expérimenté le lait, le potage de légumes en boîte et, en désespoir de cause, le jus d’une tranche de pastèque desséchée, qui seule garnissait le réfrigérateur de Teflon. Essayez, un jour, de presser une pastèque dans un petit verre, quand vos réflexes laissent à désirer. C’est quasiment impossible. D’autre part, le repêchage des grains dans la vodka n’était pas non plus une sinécure et provoquait une mauvaise volonté croissante et mutuelle.

La langue est très maîtrisée, mais légère et irrévérencieuse ce qui n’empêche pas des passages d’une grande poésie. 
V. est le premier roman de Pynchon mais vous pouvez lire mon billet sur Vice caché. Ce billet aurait pu prendre place dans le challenge d'Yspaddaden, catégorie "pavé" mais Pynchon n'était pas dans la liste initiale et donc... non ! Tant pis je me débrouillerai autrement...


lundi 12 mars 2012

À midi mon cerveau est une torche. Puis il perd de son feu et le soir venu j’arrête parce qu’il ne reste que des braises.


Mario Vargas Llosa, La Tante Julia et le scribouillard, traduit de l’espagnol (Pérou) par Albert Bensoussan, éd. originale 1977, Paris, Gallimard, 1979.

De Vargas Llosa, j’ai beaucoup aimé La Fête au Bouc et quand on m’a chaudement recommandé ce roman-ci, hop ! C’est brillant, drôle et rocambolesque.
Le narrateur est un jeune homme de 18 ans, vivant à Lima, étudiant mollement le droit et travaillant – un peu – à la radio. Deux événements viennent marquer sa vie : l’arrivée d’un auteur de feuilletons de radio qui compose les histoires les plus extraordinaires pour les auditeurs, Pedro Camacho. Et surtout, surtout, l’arrivée de la tante Julia, divorcée, en quête de mari. Ils tombent tout doucement amoureux en dépit de la différence d’âge. Entre le récit du narrateur (lequel est inspiré de la jeunesse de Vargas Llosa) s’intercalent des épisodes… bizarres. De courts chapitres mettant en scène un spécialiste de la dératisation, une pension de famille, un super flic… tous très étranges et invraisemblables… mais le lecteur comprend progressivement la place de ses portraits dans la vie du héros, ce serait dommage d’en dire plus.
Il s’agit d’un roman brillant et drôle. L’auteur y peint sa jeunesse et les circonstances de son premier mariage, mais aussi rend hommage à la puissance et à la magie des narrations romanesques. La peinture de la famille et des amis du narrateur donne lieu à des portraits pittoresques, tout est virtuose et irrespectueux. Décidément j’aime Vargas Llosa…

mon exemplaire. M&M
La famille, à commencer par ses parents, horrifiée face à pareil scandale – je crus alors que le scandaleux était que son mari fût chinois, mais maintenant je déduis que sa tare principale était d’être épicier – avait décrété sa mort de son vivant et ne lui avait jamais plus rendu visite, ne l’avait plus jamais reçue. Mais quand elle mourut vraiment ils lui pardonnèrent – nous étions une famille sentimentale, au fond – , ils allèrent à la veillée funèbre et à son enterrement, et versèrent bien des larmes pour elle.

Petite note touchante : ce Camacho vit uniquement de ses feuilletons radios. Rien de glorieux. Camacho n’a lu aucun auteur (ni Proust, ni Balzac), ne connaît pas Paris et ses chambres de bonnes, vit misérablement avec sa machine à écrire. Mais il est, dans l’entourage du narrateur, la seule personne à vivre uniquement par et pour sa plume. Alors… est-ce un écrivain ?

J'ai retrouvé l'avis de Chiffonnette et celui de Keisha.

Participation au challenge d'Yspaddaden : Les 12 d'Ys, catégorie "Nobel de littérature", 3/12.

dimanche 12 février 2012

Mon cerveau est recouvert d’engrais, d’une sorte de compost favorable aux instants écartés qui poussent et s’épanouissent aussi haut et aussi vite que des arbres de contes de fées.

Janet Frame, Vers l’autre été, traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Marie-Hélène Dumas, écrit en 1963, publié en 2007, Paris, Éditions Joëlle Losfeld, 2011.

Dans la catégorie"Australasie" du défi d'Yspaddaden, j’avais relevé le nom de Janet Frame, dont j’avais acheté ce livre l’année dernière. J’avais oublié ce que les critiques avaient dit à son propos mais cela m’est peu à peu revenu au cours de ma lecture. Et après Rosa Montero, nouvelle révélation. J’ai beaucoup aimé ce roman.
   La narratrice est Grace Cleave, une écrivain néo-zélandaise vivant à Londres, semble-t-il depuis des années. Elle ne semble pas vouloir y retourner un jour mais une seule phrase nous éclairera : « J’ai été officiellement déclarée folle en Nouvelle-Zélande. Y retourner ? On m’y a conseillé pour mon salut de vendre des chapeaux. » Elle n’est pourtant pas folle mais sa raison semble peu terrestre et a du mal à rester fixée à la réalité du quotidien. Tout semble vivant, le paysage et les maisons. Elle vit dans un monde intérieur, navigue dans ses souvenirs d’enfance en Nouvelle-Zélande. On n’en saura guère plus.
    Le roman raconte un week-end où Grace est invitée chez un couple dans le Nord de l’Angleterre. Elle est pleine d’appréhension, fait bien attention à n’avoir que des propos de la plus plate banalité, pour ne pas se faire remarquer. Ses hôtes ne comprendraient pas si elle leur apprenait le plus simplement du monde qu’elle est devenue un oiseau migrateur… Elle vole d’un bout de la terre à l’autre, dans l’immédiateté du souvenir, la vivacité de ses pensées.
On flotte dans l’esprit de Grace, entre ses souvenirs, ses pensées et sa façon de se débrouiller dans la vie en société comme sur un chemin d’escalade où chaque mot, chaque geste est à peser soigneusement pour ne pas paraître trop bizarre ou stupide.

Courlis au long bec. Image Wikipedia.

Elle s’aperçut qu’elle avait presque toujours vécu dans un monde de gens aux yeux bleus. Ceux de Philip étaient noisette – non, pas noisette, ni jaune ni ambre ; une teinte automnale avec des petites taches qui ressemblaient aux veines de feuilles dorées ; pourtant non, pas automnale – il y avait quelque chose – voilà, ses yeux étaient comme la chair jaune d’une truite cuite, ils avaient aussi un goût doré de terre, et le doux détachement de la chair écartée de l’arête ; (…).

Un roman à l’inspiration sinon autobiographique, du moins intime. Le lecteur se trouve plongé au cœur de l’intériorité sensible d’une narratrice fragile, se cramponnant à la vie quotidienne et à l’écriture. J’ai ressenti beaucoup d’empathie pour elle, on a tous de ces moments de vacillements, d’hésitation, des bouffées d’angoisse devant les attentes des autres, même si la reprise en main est plus ou moins difficile.

Je compte lire d’autres titres de Frame. C’est donc le deuxième auteur qui m’est révélé grâce au défi d’Yspaddaden, Les 12 d'Ys.



Les 12 d'Ys : 2/12
Une longue citation de Frame.
L'avis de Claudia Lucia qui s'étend sur la dimension biographique du roman.

jeudi 12 janvier 2012

Dans la courte nuit de la vie humaine, la folle du logis allume des chandelles.


Rosa Montero, La Folle du logis, traduit de l’espagnol par Bertille Hausberg, 1e éd. 2003, Paris, Éditions Métailié, 2004.

La 1e catégorie d’Yspaddaden pour son défi « Les 12 d’Ys » est celle des « auteurs espagnols contemporains ». Il se trouve que j’avais chroniqué les deux livres de Cercas (Les Soldats de Salamine et Anatomie d'un instant), j’ai donc pioché au hasard parmi les 11 autres noms et j’ai relevé celui de Rosa Montero, que j’ai dû distinguer de Mayra Montero, auteur cubain déjà présent dans ma bibliothèque. Un petit tour sur Wikipedia et je me suis décidée pour La Folle du logis, en grande partie à cause du titre qui me paraissait charmant et loufoque. Voilà comment j’en suis arrivée à lire avec délices un livre vers lequel je ne me serais tournée en temps normal. Le monde est beau.

Rosa Montero est écrivain et c’est l’imagination qu’elle désigne sous l’expression folle du logis. Dans ce livre elle raconte son expérience d’écrivain : l’importance de l’imagination, des mots, des histoires, les femmes écrivains, les femmes d’écrivains, l’amour et les romans. 

Nous voici donc revenus à l’imagination. À cette folle, à la fois fascinante et furieuse, qui vit dans le grenier. Être romancier, c’est cohabiter harmonieusement avec la cinglée du dernier étage.

Il ne s’agit pas d’un journal ou d’un texte strictement autobiographique : ainsi Rosa Montero a-t-elle une sœur ? et qu’a-t-elle vécu avec M., cet acteur américain, dont l’histoire varie à trois reprises ? Et cette chaise couleur safran ? Mais ce n’est sans doute pas un roman. Tous ses propos respirent la sincérité et procurent un effet étrange d’apaisement. Rosa Montero raconte ni plus ni moins son histoire avec l’écriture, au travers de ses souvenirs et de ses réflexions. Comment elle lutte contre la mort, contre la fuite du temps avec des mots, ce qu’elle ressent à la mise au point d’un manuscrit, l’angoisse viscérale des écrivains devant l’attente des critiques, le besoin d’attention qui habite tous les artistes, les écrivains et les pouvoirs. J’ai compris qu’un « lecteur vit plus longtemps que les autres car il ne veut pas mourir avant d’avoir terminé le livre commencé ». Le tout en citant d’autres écrivains, de Voltaire à Italo Calvino en passant par Tolstoï avec beaucoup de noms que je ne connaissais pas.

L'imagination rôde dans les rues de Marseille. Image M&M.

 On se trouve au seuil même de la création et des trames admirables, des romans immenses éclatent dans nos têtes, baleines grandioses qui ne laissent voir que l’éclair de leur dos mouillé ou plutôt des fragments de ce dos, des parcelles de cette baleine, des miettes de perfection laissant deviner l’insupportable beauté de l’animal tout entier ; mais ensuite, avant d’avoir pu faire un geste, avant d’avoir été capable de calculer son volume et sa forme, de comprendre le sens de son regard perçant, la bête prodigieuse plonge au fond de l’eau et le monde reste paisible et sourd et terriblement vide.

 J’ai l’habitude de corner les pages où il y a quelque chose qui me plaît et mon livre du jour ressemble à un origami. J’ai adoré lire ce livre, écrit simplement, qui dit des choses réelles et puissantes sur la vie et les livres, les relations entre les humains et la lecture. Je vais sérieusement songer à lire les romans de Rosa Montero, voir ce que cela donne. 

1/12e de participation aux 12 d'Ys.


Le billet de Mango (une LC sans le savoir)

dimanche 18 décembre 2011

Une grosse pour moi s'il-vous-plaît

Une grosse ? Si vous avez lu Le Tour de Gaule d'Astérix pas de problème pour vous. Sinon...
Les blogueuses littéraires sont des folles, c'est dorénavant bien connu. Yspaddaden s'est rendue compte qu'en 2012 il y aurait un 12 décembre (comme tous les ans, certes) et donc un 12/12/12 (ahhhh...). Elle propose donc un défi oulipien que l'on peut résumer comme suit : elle a défini 12 catégories hautement littéraires (auteurs espagnols contemporains, Nobel de littérature, Pavés, Classiques français, Auteurs en Mc, etc.) et propose un choix de 12 noms pour chaque catégorie. Pas question de publier 144 billets pour autant... à chacun de piocher à sa convenance pour élaborer sa douzaine de choix (les panachages sont autorisés). Dans l'idéal, un billet à publier le 12 de chaque mois ! Avec un bon agenda et de l'organisation (une de mes spécialités), pas de souci. Je vais donc lire un titre/auteur pour chaque catégorie et respecter le calendrier.


Donc je suis inscrite, ma liste est établie. Je vous laisse découvrir Les 12 d'Ys et ses amusantes règles. Je rappelle aux distraits qu'il leur reste en gros 22 mois avant la fin du challenge sur la littérature grecque (moi-même je m'y suis mise hier soir). Toutes les infos sur la page du Grand pari hellène.