La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mercredi 12 septembre 2012

Quand je donne un cours, je me prends pour une colonne dorique du Panthéon.

Marisha Pessl, La Physique des catastrophes, traduit de l’américain par Laetitia Devaux, 1e éd. 2006, Paris, Gallimard, 2007.


Quand j’ai vu que ce livre entrait dans le challenge d’Ys, je me suis décidée. Pour moi il appartient à la catégorie « on en a beaucoup entendu parler, voyons ce que ça donne ». Verdict: mwais.

Le prétexte du récit : la narratrice, Bleue, une jeune fille de 16 ans, fille unique et adorée d’un spécialiste de sciences politiques, raconte sa dernière année de lycée avant son entrée à Harvard. Elle fait le détail de sa vie avec son père (veuf et adulé), de ses relations avec les autres lycéens, de son amitié avec une enseignante, dont on sait dès le début qu’elle s’est suicidée. Bleue veut nous faire croire que c’est ce suicide et le traumatisme engendré qui sont au cœur du récit. En réalité elle raconte son passage à l’âge adulte et l’impossible moment où elle a dû couper le cordon avec son papa.
La méthode : ce qui a fait la célébrité du livre est qu’il est gorgé de citations et d’allusions à une multitude de films et de livres dans des rapprochements le plus souvent absurdes et brillants, un peu comme un prof de fac ponctue le moindre de ses propos de notes bibliographiques. 

Voyager en sa compagnie n’avait rien de cathartique ni de libérateur (voir Sur la route, Kerouac, 1957).

Cette méthode est poussée à son extrême, donc tournée en dérision. Les références culturelles deviennent des marques, des étiquettes, et perdent toute valeur. Bleue a une fièvre consumériste de la référence intello.
  
La dame faillit tomber de sa chaise face à l’éloquence de papa. Sur le moment, je crus qu’il paraphrasait un toast irlandais, mais je vérifiai plus tard dans Au-delà des mots de Killings (1999), sans rien trouver. C’était bien du papa.

Il y a aussi des comparaisons impossibles et grotesques : un chemin dans la forêt rapproché de différentes institutrices ou une employée de l’école analysée, attitude par attitude, en Eva Perón.

Des femmes en petits cercles resserrés bavardaient en triturant leurs cheveux comme si elles essayaient d’arranger un bouquet de fleurs défraîchies. Elles nous décochaient des regards noirs, surtout à Jade (voir « Chien de chasse grondant », La Vie dans les Appalaches, Hester, 1974, p. 32).

Matisse, Conversation, 1909-1912, Saint-Pétersbourg,
 Musée de l'ermitage, image M&M.
C’est amusant et virtuose. Ce livre se moque des érudits et des amateurs de citations et de références, on peut raconter n’importe quoi à partir d’une bibliographie sans nom. Il s’agit d’un exercice de potache, un peu lassant à la longue. Le roman est TROP long (400 pages auraient suffi) et j’en ai eu ma claque, d’autant que la narratrice n’a rien de très sympathique et que l’on ne voit pas trop où elle veut nous mener. Le jeu littéraire ne pallie pas l’absence d’écriture et de construction narrative. Ma curiosité est assouvie à propos de ce phénomène.

9/12 participation aux 12 d'Ys catégorie "jeunes auteurs américains". Et première participation au Challenge Prix Campus.



8 commentaires:

  1. La curiosité va sans doute m'entraîner à essayer de le trouver en bibliothèque pour en lire quelques pages!

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  2. je l'ai lu , ça m'a plu un tps puis au bout d'un moment ça sent l'exercice zélé, c'est vrai .

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  3. Eimelle : c'est suffisamment curieux pour mériter le détour !
    Cath : et oui, voilà.

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  4. Quel titre! Cela pique la curiosité.
    Je ne suis pas sûre d'être assez calée pour goûter les références littéraires ou intellos

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  5. finalement, le plus gros défaut du livre est sa longueur...

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  6. Miriam : personne ne l'est heureusement, c'est le principe qui est amusant, c'est tout.
    Ys : oui moitié plus court aurait été très bien.

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  7. Merci pour ta première participation !
    Moi au contraire, je n'avais jamais vraiment entendu parler de ce livre.. et bon, après ton billet, ça me tente pas trop trop ;)

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  8. C'est une curiosité, c'est tout.

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