Le vent se lève ! . . . il faut tenter de vivre !
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !

Paul Valéry

lundi 30 janvier 2017

C’est un monde qui respire sans apparaître.

Jeanne Benameur, Les Demeurées, 2000.

Un texte très court, mais très fort.

C’est l’histoire d’une femme, La Varienne, et de sa fille, Luce. Elle est l’idiote du village, celle que l’on a appelée « abrutie ». Elles vivent dans une maison où on ne parle pas, où les objets sont rares, où le monde extérieur ne parvient que comme une menace. Le roman raconte ce moment où Luce doit aller à l’école, parce que le savoir est obligatoire, et ce qu’il se passe quand les mots entrent dans sa vie.
Le roman est très court, composé de phrases elles aussi très courtes et simples, à l’image des sentiments évidents et puissants qui étreignent la mère et la fille. Si elles sont simples d’esprit et en apparence peu adaptées à leur monde (on est à la campagne au XXe siècle), elles en perçoivent les réalités profondes, les affrontements inévitables et notamment la façon dont l’école tente de mettre la main sur la petite fille.
Séraphine de Senlis, Dahlias, vers 1915, HB, Colmar Unterlinden, M&M.

Au sein de cet univers dépouillé, le roman peint les sentiments intimes et sincères de deux personnes qui n’ont qu’elles au monde. Les objets sont rares et en deviennent hautement symboliques. Il n’y a aucun dialogue et on ne saura pas quels mots sont prononcés.
Un petit livre où il faut se plonger comme en apnée.
Si Otages intimes m’a paru sans intérêt, cette lecture achève de me convaincre que les premiers romans de Benameur sont bien pour moi !

La petite est comblée. De tout temps comblée et si elle l’ignorait, en la faisant venir ici, dans cette école, elle le lui a appris. C’est la seule chose qu’elle lui ait enseignée sans le savoir : une douleur et un bonheur intense. Savoir qu’on manque à quelqu’un, que quelqu’un nous manque.





8 commentaires:

  1. Je n'ai encore rien lu de Jeanne Bénameur. Lequel me conseilles-tu pour commencer ?

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    1. J'étais persuadée que tu connaissais déjà très bien, pour te dire comme cela me sembler coller avec ton univers. Moi je n'en ai lu que deux : Otages intimes que j'ai laissé tombé et celui-ci, qui est très bref et très intense. Je n'en sais pas plus, mais elle est souvent lue sur les blogs il me semble.

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    2. Et non, c'est une totale inconnue au bataillon ! c'est Alfie, me semble-t-il, qui en a déjà lu ! :)
      Et mon univers, c'est un peu le bordel : il y a des lapins, du Stephen King, du Huysmans, de la BD, du Michel Tournier, des prouts, des dinosaures, du Zola... :-D

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    3. J'ai pas dit que c'était un univers cohérent, hein. Ça n'empêche pas de penser que Benameur a sa place avec les lapins.

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    4. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  2. je garde un bon souvenir de celui là!

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    1. Il a bouleversé pas mal de monde je crois.

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