László Krasznahorkai, La Mélancolie de la résistance, parution originale 1989, traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly, édité en France par Folio/Gallimard.
Au début du roman, Mme Pflaum rentre en train chez elle, mais la circulaire ferroviaire est perturbée, elle manque de se faire agresser par un homme, et à son arrivée, l'éclairage public est éteint et elle croise une étrange caravane foraine exhibant une baleine. Elle se réfugie dans son petit appartement coquet. Ensuite tout déraille.
C'est donc sans mode d’instruction et sans explications qu'il posa les yeux sur le gigantesque animal et contempla, en grommelant son nom si mystérieux, bouche bée, avec un mélange de fascination et de crainte, ce montre pour le moins peu ordinaire.
Nous suivons principalement Valuska, le fils de Mme Pflaum, simple d'esprit, mais en réalité très sensible, dans une ville où tout s'est détraqué. Les détritus couvrent le sol des rues, une foule d'hommes menaçants s'assemblent autour de la baleine, Mme Eszter multiplie les espoirs et les messages... En une nuit tout sera détruit. Ah non, pardon, en une nuit, c'est une nouvelle poigne qui restaure l'ordre.
Toute stupeur, toute envie, si infime fût-elle, de s'enfuir l'avait déserté, car le vide qui l'avait envahi venait d'un seul coup de l'éteindre, ce qu'il était s'était disloqué, consumé désagrégé, il ne ressentait plus que le goût amer, épicé de la lucidité sur son palais, et une douleur dans les jambes, la gauche particulièrement.
Une nouvelle fois, je suis surprise de la facilité avec laquelle se lit cet auteur. On plonge dans les phrases et dans les existences des personnages, aucun n'étant véritablement détestable, en proie à la mécanisme inexorable du chaos (hormis quelques passages), mais avec une capacité plus ou moins à se saisir des opportunités. Certains coulent, d'autres surnagent, quelques-uns décollent. Krasznahorkai a une vraie capacité à représenter des personnages, dans leurs espoirs, leurs terreurs et leur solitude.
| Bosch, Triptyque de la tentation de Saint-Antoine, Musées royaux Bruxelles, détail |
Il y a aussi les gambades de trois rats dans une chambre, la représentation animée d'une éclipse de soleil et un enterrement grotesque.
Je note l'abondance de propos entre guillemets, dont on se demande bien à qui les attribuer. Qui les personnages citent-ils donc ? Leurs relations, la rumeur publique certainement, les racontars des voisins aussi, mais peut-être aussi une autre autorité jamais nommée...
Où l'on découvre que la ville a une avenue du Baron Wenckheim.
Le cours des habitudes était devenu aléatoire, un indomptable chaos avait bouleversé les mécanismes quotidiens, l'avenir était insidieux, le passé révolu, le fonctionnement de la vie courante imprévisible, quand bien même le blé aurait poussé à l'envers ou les portes auraient refusé de s'ouvrir, s'étonner de rien, car seules les manifestations de cette désintégration étaient perceptibles, les causes, elles demeuraient insaisissables et indéfinissables, aussi ne restait-il qu'à s'agripper solidement à tout ce qui offrait une prise...
Bref, c'est vachement bien. Aujourd'hui est jour de lecture commune. Keisha lit Seiobo est descendue sur terre. Ingannmic a lu Le Dernier loup. Aifelle a tenté de lire Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l'ouest par des chemins, à l'est par un cours d'eau mais ça n'a pas trop marché et La Petite liste a lu Petits travaux pour un palais.
László Krasznahorkai sur le blog :
Tu es aussi enthousiaste que Keisha et Ingannmic qui ont lu des romans différents de l'auteur... j'hésite encore un peu à me lancer quand même.
RépondreSupprimerHa la la, une lecture bien ancienne pour moi le premier de l'auteur, et ... tombée dans la marmite! Je me le relirais bien, tiens...
RépondreSupprimerOn retrouve la baleine dans une autre des ses livres.^_^