La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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samedi 18 octobre 2025

La pointe du Raz

 

Quitte à nous rendre dans le Finistère, autant nous rendre à la Pointe du Raz. En vrai, on est venu exprès pour ça.

Il faisait beau et chaud mais le ciel était voilé à cause de la fumée des incendies du Portugal (vraiment, les étés du 21e siècle, c'est super).

Nous étions prêtes pour voir des rochers se jetant dans la mer, le bout du monde, un phare, du vent à décoiffer les bœufs, de l'écume volant à l'horizontale par dessus nos têtes...

En réalité, la quasi absence de vent nous a quand même déçues. Remboursez ! Machin démission !

Reste que la vue est superbe, avec le phare de la Vieille et l’île de Sein, qui est à la fois très proche (8 kilomètres entre l’île et le phare) et totalement inaccessible.

Après les photos, une agréable marche au-dessus des falaises (le chemin est très facile).

Vue sur la baie des Trépassés.

Des étendues de bruyère... c'est beau la bruyère.

L’exposition de la Maison du site présente la démarche du Conservatoire du littoral pour racheter progressivement les terrains et organiser la venue des visiteurs sans trop abîmer l’endroit (parce que les photos des années 80 font frémir d'horreur).

On peut manger les délicieuses glaces de la maison Jampi en attendant le bus.



Le lieu est desservi par bus depuis Quimper (bus 953, deux par jour), mais pas le dimanche (le dimanche, on reste devant sa télé). Il y a aussi le bus 952 depuis Douarnenez, mais je ne suis pas certaine qu'il roule le dimanche (j'espère que vous aurez compris que le dimanche représente un défi).

La Bretagne : billet introductif 2025 ; Balade à Brest ; le grand calvaire de Plougastel ; balade à Camaret ; la côte des abers ; balade à Quimper ; visite de Pont-Aven ; balade à Douarnenez

C'est le dernier billet breton ! Vous avez pu suivre nos pérégrinations. Nous sommes contentes, nous avons eu beau mais pas trop chaud. À part à Quimper et à Pont-Aven, il n'y avait pas trop de monde. On a vu de jolies choses.

La semaine prochaine ? Et bien, c'est le mois d'octobre, c'est le moment idéal pour redescendre sur la Côte d'Azur. Je vous propose donc une série de billets touristiques en région PACA.


samedi 4 octobre 2025

En balade à Pont-Aven

 

Le blog est en vacances en Bretagne. Aujourd'hui, place à la peinture, expédition à Pont-Aven !

Le village de Pont-Aven est connu dans le monde entier. Et pourtant : qu’y a-t-il à y voir ? Rien. Enfin, depuis 40 ans, il y a un musée, mais foncièrement rien. C’est un joli village.

Le village est bâti sur les rives de l’Aven, fleuve côtier dont les eaux faisaient tourner de nombreux moulins (moulins →farine → galettes) et permettent toujours d’abriter un petit port, aujourd’hui de plaisance, mais anciennement des bateaux servaient au commerce régional de marchandises.

Dans les années 1863-1865, grâce au train, des peintres étrangers, notamment américains, commencent à y séjourner en été. Les paysages sont jolis, la vie bon marché. La Bretagne est alors vue comme une terre romanesque et mystérieuse, primitive (au sens de venue d’un lointain passé), apte à proposer des motifs pittoresques – c’est-à-dire dignes d’être peints. Ce sont plusieurs dizaines d'artistes, de toutes nationalités, qui affluent ainsi à la belle saison.

Cette porte a été peinte dans l'atelier Champy vers 1890-95, mais on ne sait pas par qui. Elle est exposée au musée de Pont-Aven.


Les autochtones (après tout) jouent les modèles et les aubergistes, cette clientèle bizarre n’est pas inintéressante. Ils ont remarquablement su s'adapter en ouvrant des magasins avec du matériel de peinture, des ateliers, des pensions, et en acceptant de prendre la pose en costume breton, contre menue monnaie.
Je note d’ailleurs les noms de plusieurs femmes commerçantes (Julia Guillou, Marie-Jeanne Gloanec, Angélique-Marie Satre), qui possèdent des auberges et tiennent des cantines.

Se crée ainsi une petite colonie d’artistes, un peu mouvante selon les années, dans un environnement propice à l’émulation, aux débats, aux tentatives variées. Tous ces artistes s'inscrivent dans des trajectoires différentes et ne poursuivent pas le même but en matière d’art. Ce qui importe, c’est le groupe et l’atmosphère favorable à la création qui permet l’émergence d’œuvres uniques et novatrices.

Moins d'un an sépare ces deux tableaux de Paul Sérusier. En 1888, en descendant du train, il peint cette Scène d'intérieur breton (prise sur ce site), plus traditionnel tu meurs, et en 1889, Les Porcelets, c'est du Franz Marc. Une moitié bleue, une moitié jaune, avec un cadrage qui coupe la figure humaine en deux et qui met en valeur une... diagonale.

Il n'y a pas à dire, il y avait quelque chose dans l'air de furieusement moderne.

Gauguin vient pour la première fois à Pont-Aven en 1886. La colonie artistique a déjà 20 ans d'existence. Tout est bien place pour le travail des peintres. À ce moment, Gauguin a déjà une certaine renommée et souhaite explorer autre chose, estimant avoir épuisé l’impressionnisme et peu intéressé par le pointillisme. Il s’engouffre dans les discussions avec ses collègues (ah les débats de bistrot) et c’est paraît-il sous sa dictée que Paul Sérusier réalise en 1888 ce Paysage au bois d’Amour (musée d'Orsay).


Photo prise sur la page Wikipedia. Le feuillage est fait de taches jaunes et vertes, les troncs sont des lignes bleu clair, les ombres sont rouges et bleues. C'est le primat de la couleur et de la vision, la dilution du motif et de sa compréhension.
Quand Sérusier revient à Paris, il montre l’œuvre à d’autres peintres et surtout aux critiques. Elle devient Le Talisman. Sérusier offre le tableau à Maurice Denis qui écrit la fameuse phrase manifeste : « Un tableau est essentiellement une surface plane, recouverte de couleurs, en un certain ordre assemblées. »


Par la suite, Sérusier a choisi de s'installer durablement dans le Finistère.
L'Averse (1893 Orsay) : un tableau entièrement traité avec des aplats, sans ombre, avec une palette très sobre (rouge, noir, gris, blanc). La silhouette de la femme est incroyablement graphique. Le souvenir des estampes japonaises est bien présent dans cette averse qui saisit l'image.
Jeune Bretonne au pot d'arum (1892, collection privée) : ce profil inexpressif rappelle les tableaux du Quattrocento et les portraits de Piero della Francesca. Cela pourrait être une estampe, avec les ombres posées en aplats. Et puis cette forme bizarre, incongrues, cet arum.

L’école de Pont-Aven n'existe pas en tant que tel. Il s'agit plutôt d'un regroupement d'artistes de différentes générations, qui choisissent chacun leur voie. Ils créent, ils sont amis, ils sont rivaux. Les artistes continuent à venir à Pont-Aven, un an ou deux, ou s'installent plus durablement.

Émile Bernard, Le Pardon ou Bretonnes dans la prairie (1888 Orsay). Les silhouettes semblent posées sur le fond vert, sans aucune profondeur. Le peintre est séduit par les costumes traditionnels, aplats noirs et aplats blancs. Gauguin apporte la peinture avec lui à Arles et la montre à Vincent Van Gogh qui la copie immédiatement.


Gauguin, Au-dessus du gouffre dit aussi Marine avec vache (1888 Orsay). Tableau réalisé en Bretagne. Le point de vue est étonnant, en surplomb, déformant les rochers qui en deviennent fantastiques, surtout avec ces couleurs. Coller le rouge contre le vert. Petite silhouette de vache, mais il n'y a presque rien dans ce paysage.


Donc voilà : Pont-Aven est un joli village, où les artistes viennent depuis longtemps. Et c’est pour cette même raison que d’autres artistes y viennent et que nous y venons aussi.

Après la balade dans le village, visite du musée (dans l'ancienne pension de Julia Guillou) qui est vraiment très bien. Il y a en ce moment une chouette exposition sur les sorcières dans l’art du XIXe siècle (vous pouvez écouter l'émission sur le sujet).

L’ancienne Pension Gloanec abrite la maison de la presse, avec un coin librairie et des salles d’exposition (lithographies d’Henri Rivière quand nous y étions).

Ensuite vous pouvez boire un café à la librairie et grimper jusqu’à la très jolie chapelle de Trémalo. Elle date du XVIe siècle et elle est plantée au milieu des arbres. Le crucifix en bois a servi de modèle au Christ jaune (1889) de Gauguin.

Et il y a des bêtes féroces sur les voûtes !


Ensuite, vous pouvez vous rendre en pèlerinage au bois d’Amour. C’est bucolique. Et si vous êtes véhiculés, d'autres jolies chapelles qui parsèment le territoire vous attendent.



Depuis Quimper, en été Pont-Aven est desservi par un bus par jour (bus Breizgo 943) (aller le matin et retour en fin d’après-midi), mais pas le dimanche. Il y a peut-être un rapport avec le fait que les quatre rues du village sont envahies par les voitures.

N’oubliez pas d’acheter des galettes avant de remonter dans le bus !

Le circuit breton 2025 : billet introductif 2025 ; Balade à Brest ; le grand calvaire de Plougastel ; balade à Camaret ; la côte des abers ; balade à Quimper

La semaine prochaine, une petite ville.


samedi 27 septembre 2025

En balade à Quimper

 

Le programme des vacances était le suivant : cinq nuits à Brest et cinq nuit à Quimper. Un beau matin, nous avons donc pris le train pour Quimper, en sachant que cette étape serait nettement plus touristique que la première. Mais il est bon d'alterner les plaisirs.

En réalité, non seulement il y a beaucoup de monde (les prix ne sont pas brestois) mais en plus les rues sentent l’odeur de crêpes !

Panneau en faïence apposé dans le hall de la gare (il y en a d'autres sur le quai).

J’ai découvert avec stupéfaction que Quimper se trouvait en Cornouaille ! ? 😳 🤔 De fait, Cornouaille est le nom ancien du comté et du diocèse et il s'agit aujourd'hui d'une division administrative bien réelle, peut-être en lien avec le fait que les Bretons ont émigré depuis le Pays de Galles et la Cornouaille entre le Ve et le VIIe siècle de notre ère. N’empêche que les Bretons peuvent dire ce qu’ils veulent, pour moi la (vraie) Cornouaille restera de l’autre côté de la Manche.

Par ailleurs nous avons appris en ricanant que les plages situées au sud de Quimper faisaient partie de la « Riviera bretonne »  🤣 .

Vue de la cathédrale Saint-Corentin : cathédrale gothique aux flèches du XIXe siècle. Le petit trait entre les deux tours correspond à la statue équestre du roi Gradlon (roi légendaire), elle aussi du XIXe siècle.


Nous avons commencé par la visite du Musée de la faïence. Petit musée privé, très pédagogique dans ses explications techniques et historiques. Nous avons enchaîné avec la boutique de la Faïencerie Henriot-Quimper, qui permet de se faire une idée du catalogue d’une faïencerie actuelle entre création contemporaine, réédition des modèles classiques, variation plus ou moins originale sur des modèles éprouvés.

La faïence ? De l'argile mêlée à d'autres minerais, cuite deux fois – biscuit – une fois pour pour l'objet, une fois pour fixer la peinture obtenue grâce à des oxydes métalliques. La fabrication nécessite de l'eau, du bois (pour le four) et de la terre, mais aussi un circuit de distribution et de la main d'oeuvre.

Les hommes au tour...

Les femmes à la peinture.

Les artisans de Rouen, de Marseille et de Nevers ont apporté leur savoir-faire, mais aussi leur esthétique, qui ont enrichi les pratiques bretonnes, de façon à former le style quimpérois.

Le musée fait un point très intéressant sur la standardisation des motifs au XIXe siècle. Les faïences sont d'abord utilitaires avant l'ère du plastique et sont indispensables dans toutes les maisons. Émerge progressivement un marché de l'export, c'est-à-dire vers Paris et d'autres régions. Des motifs soit-disants traditionnels sont mis en point et reproduits quasi en série (mais à la main). L'essor des motifs bretons est favorisé par l'arrivée du chemin de fer à Quimper, qui permet de diffuser largement les petits bols et les assiettes. Toutefois, les fabriques essaient aussi de jouer sur... tradition et modernité en recrutant des artistes (Alfred Beau, Camille Moreau et d'autres) et en renouvelant les modèles qui ont fait leur succès. 


Décor de Georges Brisson pour la manufacture HB.


Le Musée breton expose quant à lui des vestiges datant de l’antiquité romaine et de l'époque médiévale. Il est situé dans l’ancien évêché, ce qui donne une idée de la prospérité des siècles passés. Il présente aussi une intéressante exposition sur les costumes bretons et jusqu’au 31 décembre une très belle exposition de photographies sur la mer.

Le musée des beaux-arts est très réputé, mais il est fermé pour travaux.

Nous avons pris le temps de parcourir les rues du centre ancien et de visiter la cathédrale Saint-Corentin. En effet, Quimper, situé à l’écart de la mer, n’a pas été détruit par les bombardements pendant la Guerre et a conservé son centre historique. La balade à admirer les belles façades est bien agréable. Nous avons marché dans les rues où l’on peut alterner la consommation de glaces, de crêpes et de bières, mais aussi acheter force vêtements « marins » (pulls marins, marinières, cirés, etc). Ne riez pas : dans tout Marseille il y a un seul tout petit magasin qui vend ce type de vêtements, donc pour nous c’est l’occasion de faire le plein. On prend l’exotisme où il se trouve.

Place Maubert.

Maison du XVIe siècle couverte d'ardoises.

La pierre, c'est bien aussi.


Nous avons fait les courses aux halles, pour des fruits et légumes de la région (des cocos de Paimpol), des oeufs, du pain, du fromage blanc…

Parmi la myriade de crêperies, je vous signale que la Crêperie de la gare est très bien (pourquoi chercher alors qu’on peut prendre la première venue ?).


Ce billet s'inscrit, à la suite de celui sur Brest, dans le programme de sorties urbaines animé par Athalie et Ingannmic, Sous les pavés les pages.

Dans les semaines à venir je vous proposerai quelques balades au départ de Quimper.

La Bretagne : billet introductif 2025 ; Balade à Brest ; le grand calvaire de Plougastel ; balade à Camaret ; la côte des abers




samedi 20 septembre 2025

Marcher le long de la côte des abers

 

Pour ce dernier jour à Brest, si on faisait une petite balade sur la côte nord du Finistère ? Il y aura un phare et des cailloux.

Nous partons pour la côte des abers.

Les abers sont ces fleuves côtiers soumis aux marées, si nombreux en Bretagne. Nous ne les avons pas longés, même si c’est possible de le faire, mais nous avons privilégié le chemin côtier du GR34 sur une portion assez facile.

Nous avons marché entre le camping de la Grève blanche (camping où on peut prendre le café et aller aux toilettes) (lieu stratégique) jusqu’au port de Keriazan à Lilia. 

Et on commence par une plage magnifique, celle de la Grève blanche justement.


Puis nous marchons avec, en point de mire, d'étranges rochers et surtout le phare de l’île Vierge mis en service en 1902, phare en pierre de taille. Silhouette photogénique.

Ne vous laissez pas fasciner par le paysage et n'oubliez pas de cueillir du fenouil sauvage pour votre cuisine.


À cet endroit, je suis presque certaine d'avoir vu un phoque en train de nager nonchalamment près du rivage.



Il fait tout gris le matin mais ensuite "ça se lève" comme on dit dans la moitié nord de la France et le ciel s'éclaircit progressivement.



Mais aussi : "elle descend" comme on dit quand on n'est pas sur les rivages de la Méditerranée. Rien de plus exotique que l'estran !






Nous apercevons le phare de l’île Wrac’h qui éclaire l’entrée de l’aber Wrac’h depuis 1845.


Avec un ostréiculteur qui travaille au premier plan.


On peut s’y rendre grâce au bus 920, qui circule environ toutes les 2 heures en semaine, ce qui le rend assez pratique (mais il y a un seul trajet le dimanche). N'oubliez pas d'acheter votre sandwich à Brest, avant de monter dans le bus.

La semaine prochaine nous serons à Quimper. Place à la ville.

Billets précédents : billet introductif 2025 ; Balade à Brest ; le grand calvaire de Plougastel ; balade à Camaret