La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



Affichage des articles dont le libellé est Colette. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Colette. Afficher tous les articles

jeudi 14 avril 2016

Où sont les enfants ?

Colette, La Maison de Claudine, 1922.

Un classique à relire – un livre à lire le dimanche sous la couette.

C’est une série de nouvelles où Colette raconte la vie de sa mère, son enfance et son adolescence et sa vie avec sa fille. Ce qui compte avant tout, ce sont les maisons, les jardins, les plantes et les animaux. Ce sont autant d’anecdotes relatant la fuite d’une chienne, le comportement de sa mère à la messe, les aventures arrivées à une voisine, les rêves d’une petite fille, la découverte de la lecture… Les charmes de la vie simple et quotidienne sont racontés de très belle façon, avec beaucoup d’humour et de délicatesse, avec des mots choisis. L’ensemble forme un cycle, depuis le mariage de Sido, la mère de Colette, à l’adolescence de sa propre fille. Le roman raconte aussi l’amour de l’auteur pour sa propre mère, veillée jusqu’à sa mort. Les chats et chiens défilent avec les années, la bonne dame semble toujours être là.

Le flair subtil de la mère inquiète découvrait sur nous l’ail sauvage d’un ravin lointain ou la menthe des marais masqués d’herbe. La poche mouillée d’un des garçons cachait le caleçon qu’il avait emporté aux étangs fiévreux, et la « petite », fendue au genou, pelée au coude, saignait tranquillement sous des emplâtres de toile d’araignée et de poivre moulu, liés d’herbes rubannées…
J. Hugo, La Défonceuse, 1956, Musée Fabre, M&M.

Je dois dire que ce livre est délicieusement daté.

En bonus, l’extrait où la jeune fille découvre Zola. On ne se rend plus compte, nous autres trop blasés, du choc que pouvait produire une littérature aussi triviale et réaliste sur ses contemporains.

Votre fille a neuf ans, m’a dit une amie, et elle ne sait pas coudre ? Il faut qu’elle apprenne à coudre. Et par mauvais temps, il vaut mieux, pour une enfant de cet âge, un ouvrage de couture qu’un livre romanesque.



L’avis de Margotte qui en parle bien mieux que moi. Et ICI quelques lignes de Colette sur le vin et la nourriture.

mardi 8 juillet 2014

Il n’existe pas de commune mesure entre le don définitif de la bête et les prêts temporaires consentis par le changeant cœur humain.

Colette journaliste, articles réunis par Gérard Bonal et Frédéric Maget, édité au Seuil en 2010 et chez Libretto en poche.

Ce livre rassemble les articles de presse de Colette qui n’avaient pas été encore publiés en livre (le critère me semble un peu hétéroclite, mais bon). Comme bien d’autres écrivains, Colette a été une journaliste prolifique, collaborant à de nombreux journaux pour des durées variables. Comme Théophile Gautier avant elle, elle a tenu la chronique théâtrale pour la presse pendant des années, activité particulièrement chronophage, mais prestigieuse. Elle a aussi testé ses nouvelles et romans en feuilletons.

Vient un jour – aujourd’hui – où la bille est jetée : tous les jours, tous les jours, je courrai l’aventure d’écrire. Tous les jours un souci s’éveillera en même temps que moi, m’accompagnera en voyage, nagera l’été à mon flanc et s’insinuera dans mon songe.

Colette. Image Wiki.
On trouve ici chroniques judiciaires, reportage à bord du Normandie, chronique théâtrale et musicale, et beaucoup de notes du temps, réflexions diverses publiées sous forme de chroniques. On ne publie plus trop ce genre d’articles et ils sont incontestablement datés. Mais Colette y chante les petits bonheurs de la vie, les joies simples, le quotidien simple des femmes avec un talent inégalé. Nous appellerions ça des billets d’humeur, Colette y parle de choses personnelles mais pourtant universalisables : les sensations de la peau au contact du froid ou du soleil, le bruit des voisins, du bruit des papiers enveloppant les bonbons, la fascination pour les gadgets en plastique de toutes les couleurs, le plaisir de manger un ice-cream soda sur l’Empire State Building… Ses critiques des spectacles sont plus acerbes (c’est qu’elle connaît le milieu) et remarquables de lucidité.

Ô Nelle rouquine, sentimentale petite chienne, ne venons-nous pas, toi et moi, de tressaillir au même appel, d’ouvrir la narine au même souffle ? Oui, n’est-ce pas son haleine, à lui, son appel, à lui, - lui, le Printemps ?...
Personne ne le sait, mais il est là, caché. Caché sous cette écorce, caché sous ces écailles de feuilles collées au sol gras par le pied pesant de l’Hiver…
 

L’introduction et les notes sont très intéressantes pour resituer l’importance du journalisme dans sa vie et son écriture. On comprend aussi que Colette est devenue progressivement un auteur pour les femmes et pour la presse féminine (ce qu’elle n’était pas au début de sa carrière). Évidemment, le statut d’ « auteur pour dames » ne va pas servir sa postérité, alors même qu’elle était au début journaliste comme les autres.
On savoure la précision du vocabulaire, la critique sociale finement observé et le ton délicat, l’air de rien. Ce que je préfère : ses impressions de New York qu’elle a beaucoup aimé.

Particulièrement le lever quotidien en pleine nuit effraie ceux qui n’y sont point rompus. Le frisson de l’aube en hiver, le miroir de glace sur l’eau du seau, l’herbe roussie de gel qui craque sous le pied, la sombre étable qu’éclaire à peine un fanal balancé, le bras de la pompe, le manche de la fourche… Je n’ignore pas qu’il faut, pour changer en amis tous ces petits lares farouches, beaucoup de patience et même beaucoup d’amour.

  

mardi 4 septembre 2012

L’odeur de l’automne, depuis quelques jours, se glissait, le matin, jusqu’à la mer.


Colette, Le Blé en herbe, 1923.

Un livre que j’ai lu entre deux, comme une récréation, une échappée sur des vacances. Délicieusement daté mais très sensible.
Philippe et Vinca sont camarades d’enfance, leurs familles passent les étés dans la même maison en Bretagne depuis toujours. Mais aujourd’hui ils sont adolescents et les sentiments et les corps changent. Tout est différent, ils veulent quitter l’enfance, mais veulent y rester, ils veulent conquérir le monde mais pas encore… Au fil des jeux, des promenades, des parties de pêches, des repas, ils s’observent et testent ce qu’ils appellent leur « amour ». Philippe est certain que Vinca lui appartient, elle est plus inquiète dans son attention. Si beaucoup d’éléments factuels sont datés, cela n’a pas gêné ma lecture. La langue est très belle car comme souvent chez Colette se mêlent les descriptions des sentiments et celles de la nature : les oiseaux, les plantes, les coquillages, la mer et ses couleurs changeantes, le ciel, tout participe à l’évocation du récit. Ce n’est pas tant que la nature soit à l’unisson des passions des personnages. Colette est bien plus subtile que cela. Mais les héros sont toujours placés au sein d’une nature pleinement vivante, pas juste un décor. C’est ce qui est à mon sens le plus réussi et fait de ce livre une petite pépite. Pour le reste, j’ai trouvé que Philippe a une trop bonne connaissance de soi et des autres pour un gamin de 16 ans, ça me paraît peu vraisemblable qu’il ait une telle conscience de ses sentiments.


Il avait vu au cinéma 
Le blé en herbe 
Au creux d´un lit improvisé
J´ai découvert émerveillée
Un ciel superbe


Trois heures s’égrenèrent rêveusement à l’horloge lointaine, la première limpide et proche, les deux autres étouffées d’une bouffée de vent. Un couple de courlis passa au-dessus de Philippe, assez bas pour qu’il entendît le cri de voilure de leurs ailes tendues, et leur piaulement sur la mer plongea, dans la mémoire ouverte et sans défense de l’adolescent, jusqu’au fond de quinze années pures, suspendues à un rivage blond, à une enfant qui à ses côtés grandissait, portant sa tête blonde et droite comme un épi.

Ma troisième et dernière participation au Challenge Colette de Margotte, que j'achève donc. Mais je compte poursuivre ma lecture de ce grand écrivain.



mercredi 30 mai 2012

Le mariage ne nous est pas interdit. Au lieu de se marier « déjà », il arrive qu’on se marie « enfin ».


Colette, Gigi, Paris, 1944.

Il s’agit d’un recueil de 4 courts récits, quelques mots sur chacun.
Gigi. Une histoire amusante et touchante. Gigi – Gilberte – est la petite fille chérie de deux cocottes qui l’éduquent : lui apprendre à manger les ortolans, à distinguer les pierres précieuses des autres, à bien se tenir, choisir ses vêtements, connaître les saveurs des cigares… elles se désespèrent car Gigi est désespérément fraîche et spontanée. Tout ce petit monde dévore les chroniques mondaines des journaux où « Tonton Gaston », riche héritier tient la vedette… J’ai beaucoup aimé cette histoire, assez drôle et cruelle à la fois dans sa lucidité, mais les rapports d’affection entre ces femmes qui vivent dans un petit appartement sont rendus dans leur complexité. Et le regard de Colette sur ce demi-monde est sans caricature même si le dénouement me laisse sceptique. L'adaptation en film m'a miss bien plus mal à l'aise, elle est franchement malaisante. La tendresse de la langue du roman fait passer bien des choses.
Le 2e récit L’Enfant malade est plein de poésie et raconte les rêves d’un petit garçon malade et cloué au lit, qui ne comprend pas pour quelle raison il devrait être triste d’être malade. Le parfum de lavande est ainsi une nuée que l’on peut chevaucher comme une monture sauvage…

Il serrait entre ses genoux, durement, la nue repentante et la guidait dans la région supérieure de la cuisine, parmi l’air attiédi qui séchait la lessive près du plafond. En baissant le front pour passer entre deux pans de linge, Jean rompit adroitement un cordon de tablier et le passa en guise de mors dans la bouche de la nue. Une bouche n’est pas toujours une bouche, mais un mors est toujours un mors, et peu importe ce qu’il bride.
La nue de lavande domptée franchit la porte de service, fait aboyer le chien, dévale les escaliers…

Arbre à perruque, château
d'Harcourt, M&M.
Je passe sur le 3e récit La Dame du photographe même s’il est très intéressant pour finir avec Flore et Pomone dans lequel Colette évoque les jardins où elle a vécu, ceux de ses amis, ceux qu’elle a connus, ceux qu’elle connaîtra, ceux qu’elle imagine. Les noms de plantes, savants et populaires, se mêlent aux historiettes dans une évocation pleine de charme.
Je suis conquise par ce recueil, plein de sensibilité et de finesse. Variété des tons : humour, douceur, nostalgie, observation fine… Le vocabulaire est prodigieusement riche et vivant.

Elle nous jetait de son seuil un avertissement comminatoire, un victorieux « turrruititittit » qui réclamait sans doute notre applaudissement à ses prouesses de mésange, son travail de mésange, ses acrobaties de mésange…

Deuxième participation au challenge Colette de Margotte.





samedi 19 novembre 2011

Je veux écrire des livres tristes et chastes, où il n’y aura que des paysages, des fleurs, du chagrin, de la fierté, et la candeur des animaux charmants qui s’effraient de l’homme.

Colette, Dialogues de bêtes, Paris, Mercure de France, 1964 pour la 1e édition.

Cela commence très simplement, Kiki le chat et Tobby le chien parlent entre eux, couchés aux pieds de leurs maîtres, Elle et Lui. Des histoires de chien – la grande chienne danoise de la ferme d’à côté, les léchouilles – et de chat – de délicieux petits oiseaux à croquer, l’art de faire ses griffes sur le fauteuil. Leurs dialogues offrent un point de vue étrange sur les « Deux pattes » et une évocation douce des plaisirs de la vie : le plaisir tactile de se promener dans le jardin, de sentir et différencier les odeurs des plantes, la sensation de la chaleur, les bruits distincts de la pluie. De courts dialogues délicieux. Mais la vie des humains n’est pas drôle : Il a des maîtresses et Elle envoie tout balader, un maître chien revient du front et sa chienne a des cauchemars…

Fips "Le monde est un vaste joujou et c'est trop cool"
Image M&M

Kiki-la-doucette : Je ne sortirai pas. J’attendrai le soleil ou le vent sec, ou mieux la gelée. Ah ! l’excitation du froid piquant, qui cingle en poignées d’aiguilles mes poumons, fait de mon nez charmant un bonbon glacé !... Le spirituel démon du gel soufflera en moi sa démence. Elle rira, et Lui aussi, quittant son papier, de me voir rivaliser en bonds, en voltes, en tourbillonnements fols, avec les feuilles. Serai-je un Chat, ou le lambeau flottant d’une fumée ébouriffée ? En haut d’un arbre ! En bas ! Puis sept tours après ma queue !

Ce sont de courts dialogues qui peuvent se lire séparément, un peu comme des nouvelles, même s'il y a une progression (le voyage de la ville à la campagne, les relations entre Elle et Lui, la guerre). C'est quelque chose de très agréable, qui se relit je pense tout au long de la vie.

Ma première participation au challenge Colette de Margotte



dimanche 10 juillet 2011

Avis de challenges


Que font les bloggeuses littéraires en vacances ? Elles partent loin d’internet et vous disent à bientôt. Se lancent dans la lecture de la Recherche du temps perdu (tous mes encouragements). Ou mettent à profit leur temps libre pour lancer des défis et créer des logos trop chouettes… Delphine a craqué, cela fait des mois qu’elle hésite mais ça y est : le challenge Re-lisons Romain Gary. Mon but est d'atteindre le niveau Moyen-challenger (entre 3 et 5 livres de ou sur Gary) avant... non, je la cite : Pas de date limite ou de délai dans le temps, Gary est éternel …
Et Margotte dont je viens de découvrir le blog, nous propose de lire Colette. Comment dire non ?