Infernus Iohannes (alias Antoine Volodine), Les Meilleurs d’entre nous, Seuil, septembre 2026.
Cinq parties ne présentant pas de lien entre elles, si ce n’est de camper un monde à l’humour macabre et aux individus paumés.
Vers deux heures du matin, Böll mit fin à son inertie. Pendant tout ce temps non seulement il n’avait fait aucun geste, mais son cerveau était resté aussi inactif qu’une pelletée de vase, de sorte qu’il n’avait ni senti la durée s’étirer autour de lui ni les fantasmes du passé lui tourmenter les méninges, du passé lointain comme du passé immédiat ou proche.
2. Une série de portraits de personnages au noms improbables, aux consonances russo-turco-mongoles, dans une fin du monde qui n’en finit pas, un Parti au discours vaguement communiste, mais aux slogans tournés en dérision, des moines charlatans, des chiens errants.
Plus le Parti perdait en influence, plus les fractions et tendances qui le constituaient se multipliaient. À une époque, un de nos camarades expert en classification, car il travaillait dans un laboratoire d’entomologistes, en avait compté trois cent quarante-trois.
À la faucille, au marteau, ou avec une grosse pierre ramassée sur la route, j’agirai.
La nuit s’acheva et Mathias Fompfel, qui avait eu la malchance de décéder pendant la pleine lune, sortit de sa maisonnette en chancelant et, aussitôt, il s’appuya sur moi pour assurer son équilibre.
3. Un moment dans l’existence d’un groupe de survivants, où l’on fait semblant de se tirer dessus et où l’on fait semblant d’accompagner les morts par des cérémonies chamaniques auxquelles malgré tout on essaie de croire parce que c’est réconfortant. Mais où deux personnages, amis d’enfance, communiquent vraiment par la pensée par d’étranges cadavres exquis qui fascinent un troisième homme. Tel le lecteur, il ne comprend pas d’où viennent ces phrases, il en perçoit la mystérieuse poésie, mais sans savoir quoi en faire…
(parce que l’on vit avant tout avec les mots et les histoires que l’on se raconte, et que c’est important de faire semblant pour donner un sens à ce qui nos arrive)
« Burnes au vent la bête quatorze prend la fuite devant les aveugles de bas étage », se rappelait Greco.
| K. Smith, Guide 2012 tapisserie, coll. privée |
4. Une suite de courts portraits traçant la vie de Gompo, un homme qui voyage dans les mondes et accompagne les morts. Le système de la perpétuelle réincarnation permet à des individus d’exister dès leur conception et de concevoir de grands projets depuis le ventre de leur mère – c’est une grande farce.
Tellement nécessaire, l’autodérision, quand on se trouvait entre deux espaces de désastre.
Une fois dans le ventre de sa mère, Koubilaï Hupno commença à s’organiser pour ne pas perdre son temps à ne rien faire. L’accès à la bibliothèque lui fut refusé, sous le mesquin prétexte qu’il n’avait pas payé sa cotisation depuis des temps immémoriaux.
Une fois dans le ventre de sa mère, Bulbaf Kirinine fit connaître à celle-ci ses exigences en matière de destin.
L’un des onze livres publiés par Volodine cet automne, pour refermer son œuvre. Un de ceux que vous pourriez lire sans vous fatiguer du baratin journalistique.
J'ai vérifié, Volodine est très présent sur ce blog, je n'en ai lu qu'un, j'ignore lequel.
RépondreSupprimerBon, celui ci m'a l'air assez étonnant pour que j'aie envie de m'y lancer . Ou alors tu en as un autre peut être préférable pour démarrer?
Très présent ! Je conseille en priorité Terminus radieux. Et sinon Les Songes de Mevlido. Et après celui-ci.
SupprimerJe n'ai jamais lu cet auteur, je vais suivre les conseils que tu donnes à Keisha.
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