La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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jeudi 11 juin 2026

Ana Maria, est-ce que tu es sûre, absolument sûre que nous sommes seuls sur cette île ?

 

Julien Maffre (dessin) et Frédéric Maffre (scénario), Stern. Hors du monde, Dargaud, 2026.
Couleur : Julien Maffre, Bastien Bazar, Karamba Dramé et Croque-Forme.

Ah une BD pour tout oublier !
Au début de l’album, à la Nouvelle-Orléans, à la fin du 19e siècle, le héros, à bout de ressources, accepte l’offre d’un riche italien. Sterne servira de traducteur pour une transaction d’armes américano-espagnole. Cela ne se passe pas comme prévu, bien sûr, et il se trouve embarqué, pris en otage, emmené sur une île déserte. La bande est celle de révolutionnaires cubains, en lutte contre l’Espagne pour l’indépendance. L’album sera donc empreint d’espagnol.
Sur place, les aventures se succèdent, car une présence inconnue manie la machette… l’île est-elle si déserte que cela ?

L’album peut se lire comme cela, pour le plaisir de voir cet Elijah Stern, grand maigre silencieux, aux yeux gris clair, se tirer d’affaire des bagarres, cautériser une blessure, rencontrer une femme fascinante et surtout se plonger dans la lecture. Ah ! Se plonger dans un roman sans être dérangé, voilà l’objectif réel du héros !

Mais il s’agit aussi d’une série, celle du croque-mort mélancolique qui se retrouve toujours au coeur de toutes les explosions et qui traîne un passé très lourd derrière lui. S’il n’aspire qu’à la compagnie des morts et à la lecture, il lui faut hélas rencontrer ses contemporains. J’aime bien le contraste entre ce tempérament et le « ça part complètement en waï ».

J’ai pris grand plaisir à ma lecture. Je me rends compte que j’ai chroniqué les quatre premiers albums sur le blog, mais pas le cinquième qui, effectivement, m’avait un peu déçue.

Stern. Le croque-mort, le clochard et l'assassin 
Stern. La cité des sauvages
Stern. L'Ouest, le vrai












jeudi 26 novembre 2020

On mélange un peu de tout et on se retrouve avec un beau foutoir.

 Frédéric et Julien Maffre, Stern. Tout n’est qu’illusion, 2020, Dargaud.

Un croque-mort mélancolique et dégingandé arrive dans une ville de folie, à savoir La Nouvelle Orléans. Il commence son nouveau travail, mais rapidement le voici embauché par une jeune femme bizarre, attirée par la mort, mais aussi très attirante. Surviennent ensuite le père de la jeune femme, un illusionniste, une empoisonneuse, des malfrats – franchement tous ces immigrés italiens qui débarquent, ça fait désordre.

Il s’agit certes du quatrième album des aventures de Stern, mais en réalité c’est une histoire autonome qui peut se lire toute seule. Les personnages des albums précédents se contentent d’apparaître comme des fantômes ou des personnages de feuilletons, des échos lointains.

Sous les dehors d’un personnage austère, l’album se lance dans la grande farce mortuaire telle que pratiquée au XIXesiècle : corps momifié, goût pour Dracula et les mises en scène morbides, héroïnes évanouies, roman gothique. On est aussi dans le grand guignol, ce qui est la petite touche propre à cette série, avec des bagarres toujours inattendues.

J’ai quand même préféré les albums précédents, qui étaient beaucoup plus loufoques et allaient plus loin dans le n’importe quoi, tout en faisant plus de place à la littérature française.

Par ailleurs, il y a des clins d’œil très amusants (vous avez vu la chambre de Van Gogh ?). C’est un moment agréable de lecture. Les dessins sont très réussis, surtout ceux représentant la ville de La Nouvelle Orléans et l’immense cimetière. Il y a une jolie atmosphère bleutée dans certaines planches.

 


L’avis d’Eimelle.


Les épisodes précédents :

Stern. Le croque-mort, le clochard et l'assassin 
Stern. La cité des sauvages
Stern. L'Ouest, le vrai

 

mercredi 27 février 2019

Je ne suis pas frileux.

Frédéric et Julien Maffre, Stern. L’Ouest, le vrai, 2019, Dargaud.

Retrouvailles avec le croque-mort mélancolique. À Morrison, c’est l’heure du conseil municipal. Il faut voter les impôts pour financer l’école et les premiers services publics, encore bien minuscules. Serait-ce la fin de l’Ouest ? Un aventurier, Colorado Cobb, est là pour dédicacer ses mémoires. Les héros prennent-ils leur retraite ? (Mal)Heureusement débarque une bande lourdement armée à la recherche de Cobb et elle canarde sauvagement tout le monde.
Si l’on retrouve les ingrédients des deux premiers volumes (le héros taiseux, mais ironique et amoureux de littérature, les fusillades à la Sam Peckinpah…), j’y ai trouvé moins de grotesque et de loufoque, de cette touche de fantaisie qui faisait le charme du début de l’histoire. J’ai apprécié les détails qui font le charme de la vie en communauté. Comme dans toute petite ville, à Morrison il y a un bordel, un maire, un shérif, un poivrot, une maîtresse d’école, une fête de Noël et tous ces gens échangent petites piques et gestes de confiance.
Stern s’illustre en flanquant un bon coup de marmite à un dangereux tueur.
Des détails amusants, servis par un dessin soigné et précis. J’après particulièrement le fait de pouvoir relire chaque album en sachant que je vais y trouver de nouveaux détails. Il y a aussi de très belles harmonies chromatiques.



Les précédents épisodes :


vendredi 27 octobre 2017

Bougre de paltonière de fot-en-cul papiste !

Frédéric et Julien Maffre, Stern. La Cité des sauvages, 2017.

Vous souvenez-vous du mélancolique croque-mort ? Stern vit toujours dans son trou perdu et n’a plus de livres à lire (tout le monde ici comprend son angoisse). Il se met donc en route, avec sa mule Fenimore, vers la ville de Kansas City pour se rendre à la librairie, malgré des souvenirs difficiles. À peine arrivé, il se fait dépouiller de son argent, de sa mule et de sa botte, retrouve sa femme, se fait tabasser… et ensuite la ville est quasiment mise à sac par une bande de fous furieux.
Voilà un album réussi qui joue sur le mélange des tons. Nous sommes toujours dans ces dessins délicatement aquarellés, au trait fin. Stern est toujours ce personnage silencieux et dégingandé, pas très à sa place, et qui ne nous semble pas très adapté à cette ville du Far-West. Et pourtant, il s’agit surtout de se foutre joyeusement sur la tronche, avec les poings, le fusil, une hache ou un gourdin. Tout le monde est déchaîné.
Un album très distrayant, assez explosif et tendre, car la plupart des personnages ne sont pas plus héroïques que Stern.



L’avis de Christophe.


mercredi 28 septembre 2016

Chercher plus loin c’est s’exposer à d’amères déceptions.

Frédéric et Julien Maffre, Stern. Le croque-mort, le clochard et l’assassin, 2015.

À la première page, un village est pillé par une horde de cavaliers. Vingt ans plus tard, le mélancolique croque-mort, Stern, opère à Morrison. Charles Bening vient de mourir, ivre mort, dans le bordel local. Mais Stern remarque quelque chose de très étrange avant de l’enterrer…


C’est ici un western sans cavalcade ni diligence (quoii ?), mais qui prend place au sein d’une petite communauté. Il est question d’un alcoolique, du saloon-bordel, du shérif un peu trop obtus et d’un règlement de comptes sur fond de souvenirs de guerre de Sécession.
J’ai aimé le dessin plein de délicatesse, la couleur qui est quelquefois comme aquarellée ou même délavée, avec certains personnages qui se détachent en couleur forte sur un fond grisâtre. Stern n’est pas un croque-mort de Lucky Luke, avec le haut de forme et le vautour en bandoulière. Grand et maigre, en bottes, lisant des romans et de la poésie, c’est un drôle de personnage dans ce monde plutôt primaire et désabusé. Il reste une figure mystérieuse, au prénom étrange, dont on ne saura pas grand-chose, mais intriguant.