La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mercredi 31 janvier 2018

Un matin, en fouillant dans le grenier, Oups trouve un Doudou.

Claude Ponti, Le Doudou méchant, 2000, paru à L’École des loisirs.

Oups, un petit enfant découvre un vieux doudou dans un grenier. Vous savez, ce sont ces doudous en tête d’oreiller dans lesquels on met son pyjama dedans (ou plein de plumes). Bref, Oups et le Doudou deviennent inséparables. Jusqu’au jour où le Doudou lui suggère de faire des bêtises et même de très grosses bêtises.

Bien sûr, j’ai été attirée par le titre. C’est une histoire de doudou, un conte d’apprentissage pour enfant et pour doudou. Il y a également les dessins de Claude Ponti : la montagne en monsieur chauve m’a convaincue de prendre l’album. En effet, dans cette histoire toute simple, il y a des gens à très long nez, des brosses avec de petits yeux, les pierres du chemin qui se sauvent et des monstres bizarres très bons à manger.
Ici le dessin n’est pas plein de douceur ou de miel. Les couleurs sont un peu brunes. Il y a plein de détails partout, de petites inventions cachées. À lire, à gratter dans les petits coins.

L'image que j'adore.



lundi 29 janvier 2018

Je suis moi-même l’une des raisons expliquant pourquoi l’histoire vraie a été si dure à raconter.

Kjell Westö, Nos souvenirs sont des fragments de rêves, traduit du suédois par Jean-Baptiste Coursaud, parution originale 2017, édité en France par Autrement.

Un roman qui se déroule parmi la communauté suédophone d’Helsinki. Après un début in medias res compliqué et inquiétant (les romanciers contemporains, arrêtez ça, merci), le narrateur, rendu à la moitié bien avancée de sa vie, se met en devoir de nous raconter, non pas tant sa vie, que son amitié avec la famille Radell. Le narrateur est issu d’une famille modeste, les Radell sont riches et puissants. Il y a Alex, le garçon, et surtout Stella, le grand amour du narrateur. Ils traverseront une vie entière.

Il n’empêche, j’ai salopé mon récit. Je n’ai pas osé raconter, même d’une manière déformée et indirecte, comment Alex a consumé Klasu. Je n’ai pas osé raconter la carrière de vendeur mutilée en dents de scie de mon père, la vie sentimentale figée de ma mère et son obsession pour le passé. Je n’ai pas osé raconter mes atermoiements entre Stella Rabell et Linda Vogt, ni mon existence d’homme de plus en plus seul et mon cœur de plus en plus fermé à double tour.

Admettons-le : je n’aurais jamais lu ce roman s’il n’avait été situé en Finlande, pays sympathique à mon cœur. Les histoires sentimentales et les angoisses existentielles des contemporains ne m’intéressent guère. Dans le cas présent, l’existence du narrateur ne me semble pas d’un intérêt majeur. Et pourtant, ce gros roman a réussi à m’accrocher et je l’ai lu avec beaucoup de plaisir. Alors ? La réussite provient peut-être de la longueur justement : Westö prend le temps de nous faire fréquenter tout un groupe d’amis, pendant des années, avec leurs évolutions, leurs atermoiements, leurs disputes… Le narrateur prend peu à peu conscience du temps qui passe, de l’importance des souvenirs (même s’ils sont illusoires ou faux). Sa propre existence a peu d’importance (il n’a d’ailleurs pas de nom), mais il constitue le lien entre cette famille qui se déchire, qui vit des drames et qui les surmonte. Le roman abonde en détails concrets qui rendent les personnages très présents et qui les ancrent dans leur génération : leurs goûts musicaux, leur façon de parler le suédois ou le finnois, leurs vêtements, leurs boissons, leur réaction face à la politique internationale. L’ensemble produit un sentiment de réalité et le lecteur a l’impression de connaître ces gens. C’est au final un beau portrait de société.
Helsinki, le monument à Sybellius.
Mention spéciale pour le jaune souffre du ciel d’été finlandais.
J’ai néanmoins préféré Un mirage finlandais où la tension dramatique est plus forte et qui est plus ancré dans l’histoire spécifiquement finlandaise.

Nous étions passés par tous les stades de la relation : l’infidélité, la dispute, la rupture – et pourtant, nos corps hébergeaient la même confiance mutuelle. Nous nous moquions souvent de notre façon de faire l’amour, ironisant sur nos fétiches et nos idiosyncrasies, ce qui ne nous interdisait nullement de recommencer car nous savions que nous prenions tant de plaisir ensemble. Or tout cela avait disparu désormais. Les draps dans lesquels nous dormions conservaient l’odeur de sécrétions séchées, de solitude et de désespoir. Et nous grelottions.

La Finlande sur ce blog : Suomi
Merci à Babelio et aux éditions Autrement pour cette lecture.

samedi 27 janvier 2018

Alice Neel

L'année dernière s'est tenue à Arles une exposition des oeuvres de la peintre Alice Neel (1900-1984).

Une découverte pour moi. La force que dégagent ses portraits peut mettre mal à l'aise, mais ils m'ont vraiment impressionnée. Ses peintures sont intenses. Les portraits nous regardent droit dans les yeux, rien ne peut nous distraire de leur visage, de leur regard, de leur expression.

A. Neel, Alvin Simon, 1959, collection privée.
A. Neel, Carmen et Judy, 1972, Oklahoma city museum of art.
L'histoire personnelle de Neel est marquée par le décès d'une enfant et par la dépression. Ses portraits d'enfants ou de mères avec leur enfant sont particulièrement bouleversants.
A. Neel, Ginny, 1984, collection privée.
A. Neel, John Perreault, 1972, Whitney museum of american art.
(on regarde dans les yeux, on se concentre !)
A. Neel, Max White, 1935, Smithsonian american art museum.
Magnifique travail sur les noirs, qui n'a rien à envier à un Soulage. Le visage est dur, mais ces mains... ces longues mains fines et élégantes.
A. Neel, Mère et enfant, Nancy et Olivia, 1967, collection privée.
A. Neel, Michel Auder, 1980, collection privée.
Une artiste à mieux connaître.

jeudi 25 janvier 2018

Rien que nous deux et les corbeaux.

Jón Atli Jonassón, Les Enfants de Dimmuvík, traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson, parution originale en 2013, édité en France par Noir sur Blanc.

Une vieille dame se souvient de son enfance dans une toute petite ferme située dans une crique isolée d’Islande, en 1930. Les parents, un frère, une sœur fragile, un bébé mort-né, des brebis et la faim.

Après nous être tous lavés, sauf papa, nous mangeâmes du poisson qui avait juste commencé à pourrir, avec un morceau de beurre moisi. Il était couvert de taches jaunes et brunes que nous feignîmes de ne pas voir. Tout comme les aurores boréales qui ondoyaient au ciel dans le gel craquant de ce soir-là.

Ce tout petit roman évoque de façon bouleversante la terrible pauvreté de cette famille, réduite à manger du lait, du lichen, du poisson et des aliments moisis et à survivre à partir d’artifices terribles, enfouis dans les tréfonds de la mémoire. Tous les enfants souffrent de carences alimentaires et de vertiges. Ce sont les souvenirs d’une petite fille, racontés par une vieille dame. Cette enfant vit dans solitude glaçante. On comprend qu’il lui est impossible de raconter et d’être comprise.
Un livre à ne pas lire trop vite en dépit de sa brièveté, car les mots sont choisis. Comme les aliments, leur rareté fait leur force.

Et puis papa a le visage tellement figé ; il est lui-même tellement engourdi que c’est comme si ses pleurs appartenaient à quelque chose d’autre. Pas à lui. Comme s’ils jaillissaient de lui sous l’effet de quelqu’un d’autre. Comme s’il était une trompette ou une flûte. Que ses cordes vocales produisaient ce son qui sort de lui à son corps défendant. Comme un hoquet.


J. Lievens, Job, 1631, Ottawa, M&M.

mardi 23 janvier 2018

Ainsi commença le repas le plus étrange que nous fîmes en Pologne.

Hubert Mingarelli, Un repas en hiver, 2012.

Un court roman, l’histoire de trois copains de régiment.
Au début, rien ne nous est dit. Le roman se déroule en hiver, sous une neige épaisse, avec trois soldats décidés à échapper à une corvée en partant très tôt le matin, à la chasse d’on ne sait pas quoi. Le lecteur comprendra seulement quand ils auront trouvé leur gibier : un Juif. On est en Pologne. Les corvées, ce sont les fusillades.

Bauer et moi n’avions pas d’enfant. Dans la compagnie, tout le monde en avait, sauf Bauer et moi. Emmerich nous avait souvent dit que c’était une chance et une malchance. Qu’avant la guerre c’était une chance, toute seule, mais qu’à présent la malchance marchait à côté. Nous le comprenions à moitié.

Le roman raconte cette journée, cette longue marche dans la neige, la faim des soldats, leur lutte contre le froid, leurs stratagèmes pour éviter les brimades et les corvées, pour faire leur boulot et s’en sortir quand même, leur amitié, leur préoccupation pour le fils de l’entre d’eux. Tous les trois sont bien sympathiques.
La langue est sobre, décrivant les objets concrets de leur quotidien et il y en a peu, dans un tel dénuement hivernal (les couches de vêtements notamment sont importantes). Le narrateur est l’un des soldats et c’est grâce à lui que nous avons accès aux différents dilemmes de la journée, lui qui raconte, pour nous, tout ce que les soldats ne se disent pas. Il évoque aussi certains événements qui ont précédé le récit de cette journée et ceux qui surviendront ensuite, auxquels nous n’assisterons pas. Le lecteur reçoit très peu d’informations, parce que le narrateur n’est pas en train de lui expliquer quelque chose. C’est au lecteur de comprendre le contexte général et de deviner.
Il fait le récit des rêves et des émotions devant la traque et la mise à mort, les contradictions des soldats qui accomplissent un travail pour ne pas être punis, il annonce les futurs traumatismes de ceux qui reviendront avec ces souvenirs, les stratégies mentales pour se tenir à distance de l’homme que l’on chasse et que l’on tuera, pour ne pas être trop ému ou bouleversé.
Colville, Janvier 1971, collection privée, M&M.

Il n’y a pas ici de morale. Nous avons affaire à des êtres humains sans héroïsme ou vilenie particulière, se débrouillant comme ils peuvent. C’est tout à fait terrible et bouleversant.

Parce que si vous voulez savoir ce qui moi me faisait du mal, et qui m’en fait jusqu’au jour de maintenant, c’était de voir ce genre de choses sur les habits des Juifs que nous allions tuer : une broderie, des boutons en couleur, ou dans les cheveux un ruban. Ces tendres attentions maternelles me transperçaient. Ensuite je les oubliais, mais sur le moment elles me transperçaient et je souffrais pour les mères qui s’étaient donné ce mal, un jour. Et ensuite à cause de cette souffrance qu’elles me donnaient, je les haïssais aussi. Et vraiment je les haïssais autant que je souffrais pour elles.
Et si vous voulez savoir encore, ma haine était sans fin lorsqu’elles n’étaient pas là pour serrer contre elles leurs joies sur terre pendant que moi je les tuais. Un jour, elles leur avaient brodé ou mis un ruban dans les cheveux, mais où étaient-elles lorsque je les tuais.

L’avis de Clara et de Jérôme.

dimanche 21 janvier 2018

Gâteau à la carotte

L’hiver, on achète des carottes pour faire de la soupe, de la purée et du gâteau à la carotte ! C’est ça, la cuisine responsable – respect de la saison et tout. Et puis, en hiver, même quand il fait 15 degrés, il est important de prendre des forces.

Le gâteau à la carotte

Pour 8 personnes (j’ai fait une version moitié plus petite)
Beurre
4 œufs
225 g de sucre en poudre (mettez-en moins)
30 cl d’huile de tournesol
9 carottes finement râpées (pas la peine de prendre des grosse carottes)
300 g de farine
1 cuil. à café de cannelle en poudre
1 cuil. à café de levure chimique
½ cuil. à café de bicarbonate de soude
½ cuil. à café de sel
150 g de noix hachées

Pour le glaçage (j’en ai fait beaucoup moins, là c’est vraiment beaucoup)
125 g de beurre ramolli
250 g de fromage frais (type Carré frais)
½ cuil. à café d’extrait naturel de vanille (pas mis)
50 à 75 g de sucre glace

Beurrer le moule.
Battre les œufs et le sucre. Incorporer l’huile. Ajouter les carottes, la farine, la cannelle, la levure, le bicarbonate, le sel et les noix.
Verser la préparation dans le moule et cuire au four 30-40 minutes à 180°.
Attendre que le gâteau ait refroidi pour mettre le glaçage.
Pour le glaçage, battre le beurre, le fromage et le sucre glace.


C’EST TROP BON ! Et ça donne bon caractère et fait les fesses roses.

La recette provient de ce livre :  Breakfast, Lunch, Tea de Rose Bakery (2007).