En février 2025 je me suis rendue une semaine à Madrid. Je vous en ai ramené plusieurs billets consacrés à l'archéologie et à la sculpture ancienne (la mystérieuse dame d'Elche, le sanctuaire Cerro de los Santos et d'étranges bêtes féroces) mais également un billet sur la façon dont des peuples d'Amazonie teignaient les plumes des perroquets vivants (quel blog culturel sensationnel !). Aujourd'hui, je vous propose de passer la journée dans les rues de Tolède.
Je connaissais déjà Tolède puisque j'y ai passé 3 jours en 2016, mais voilà, envie de revoir l'endroit et de me promener.
Vue générale, promesse d'une belle journée.
À peine descendue du train et je me précipite à l'église Santo Tomé afin d'admirer le chef d'oeuvre de la ville : L'Enterrement du seigneur d'Orgaz, peinture du Greco. La toile a été commandée au peintre afin de rendre hommage au seigneur d'Orgaz (mort plusieurs siècles plus tôt), connu pour ses œuvres caritatives.
On y voit Orgaz, mort, en cuirasse, porté dans sa dernière demeure par Saint Augustin et Saint Étienne apparus miraculeusement pour l'inhumer. En haut, c'est le niveau céleste qui assiste à l'événement et qui s'apprête à accueillir l'âme du comte. Sur la ligne du milieu les têtes en frise des notables présents à l'enterrement. Il n'y a aucune indication d'espace ou de lieu ou de perspective, ce qui confère une certaine étrangeté à la scène.
La cuirasse brille et reflète Saint Étienne. Le mort est doucement alangui, comme endormi. La richesse des vêtements (des chapes) des deux saints est impressionnante, avec cet or et ces broderies représentants d'autres scènes saintes. Je suis frappée par la douceur et l'harmonie des couleurs.
Au-delà des dentelles des fraises et des poignets, qui mettent superbement en valeur le talent du peintre, mais également les tenues noires et les traits des visages, je m'arrête sur le vêtement blanc du prêtre (un genre de rochet, mais sans dentelle). Il nous tourne le dos, tout à sa contemplation, en pleine célébration de l'enterrement. Le rochet est transparent, mais on y voit tous les plis, et dessous le vêtement noir.
J'ai évidemment déjà commis un billet très enthousiaste sur Greco.
Après cette toute petite église, trois autres édifices retiennent mon attention.
Tout d'abord, l'ancienne Sinagoga del Tránsito : une synagogue construite en 1366 pour le palais de Samuel ha-Lévi, trésorier de Pierre Ier de Castille. Après l'expulsion des juifs, l'édifice est attribué aux chevaliers de l'ordre d'Alcántara qui y installent une église.
Nous pénétrons dans la vaste salle de prière. Des panneaux de stuc ciselé couvrent l'intégralité du mur du fond, ainsi que le niveau supérieur des murs. Les arcades abritent des fenêtres d'un côté et les tribunes des femmes de l'autre. Les motifs ornementaux alternent avec les inscriptions en hébreu. Le plafond est en bois avec des incrustations d'ivoire.
L'ancienne synagogue abrite les collections du musée Séfarade.
Juste à côté, la Sinagoga de Santa María la Blanca : le lieu de culte principal des juifs de Tolède au Moyen Âge était installé dans une ancienne mosquée almohade et a été transformé en église par les chevaliers de l'ordre de Calatravera après l'expulsion des juifs.
On se plonge dans l'apaisement porté par ces cinq vaisseaux séparés par des arcades en fer à cheval, arcades supportées par des colonnes et des chapiteaux en stuc. Le plafond en bois est à motifs de ce caissons et les motifs en stuc sont également en haut des murs.
Quelle belle lumière...
On reprend la marche et un café au lait et on traverse la ville, on rage parce qu'on se perd dans les ruelles et on arrive à... la Mezquita del Cristo de la Luz. Cette ravissante mosquée du 10e siècle est bâtie sur les fondations d'un temple wisigothique. Elle fut transformée en lieu de culte catholique par les Hospitaliers de Saint-Jean, qui ajoutèrent une abside.
C'est un tout petit endroit de plan carré avec neuf petites coupoles, chacune différente, portée par des arcades en fer à cheval sur des colonnes réemployées du temple wisigothique.
Courage, dernier édifice : l'église San Román ornée de fresques du 13e siècle.
J'aime bien Tolède et ses innombrables oeuvres d'art qui justifient amplement un séjour plus long, mais moins ses ruelles ripolinées – cette propreté est louche. On n'a pas l'impression d'être dans une ville médiévale (ça ne vaut pas le vieux centre de Gênes). Dans l'ensemble, tout est d'ailleurs très, trop propre, clair et lisse. Il faut donc tâcher de se laisser absorber par les visites et faire abstraction du reste. La ville compte bien évidemment plusieurs églises et monastères, ainsi que plusieurs musées (musée Greco, musée de l'Armée, musée d'art mudéjar).
Tolède est accessible depuis Madrid en train et en bus (le premier est plus rapide et plus cher). La ville justifie un séjour de quelques jours.
Mon premier billet, paru en 2016, contient d'avantages d'indications historiques et chronologiques, mais j'avais raté les photos, qui sont trop sombres.
La semaine prochaine, cap sur la Belgique.
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