La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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mardi 27 février 2024

À tel point que la réalité est devenue impossible à aborder autrement que par les images.

 


Nicolas de Crécy, Période glaciaire, une coédition Futuropolis et Musée du Louvre, 2005.

Avec la participation de Denis Deprez pour la mise en couleur.

 

Après la visite de l’exposition sur Nicolas de Crécy à Cherbourg et ma lecture de Salvatore, je me suis rappelé qu’il y avait ce volume sur mes étagères. Une relecture s’imposait.

Le monde est recouvert de glace. Des aventuriers en quête d’indices sur leurs prédécesseurs humains errent dans cette immensité. La troupe comprend son lot habituel d’individus (seule la femme est capable de sensibilité, les hommes se contentant de plaquer leurs préjugés et théories sur les artefacts) et un chien croisé avec un cochon et doué d’une grande intelligence. Un mouvement de terrain et les voici dans ce qui fut le Louvre. La troupe tente de reconstituer la civilisation qui a donné lieu à ces peintures, notamment celles de Delacroix, tandis que le chien-cochon fait face aux vestiges archéologiques, vieux de millénaires et beaucoup plus animés que ce qu’on croit. La survie face à la glace viendra de la forme et de l’union entre l’esprit et la matière…



J’ai relu l’album après avoir achevé ma lecture du monumental Ruines d’Alain Schnapp et cette plongée dans notre monde disparu a pris un relief particulier.

C’est onirique et fantaisiste, poétique et un peu irrespectueux.

 



Nicolas de Crécy sur le blog :

Période glaciaire - car il y a un premier billet
La République du catch
New York sur Loire
Salvatore

 

jeudi 12 octobre 2023

Comme le titre d’un poème, un poème pour vieux marins.

 


Nicolas de Crécy (scénario et dessin), Salvatore, 2005, Dupuis.

 

Au début du livre, Amandine, une truie myope et enceinte, conduit sa petite auto chez le garagiste Salvatore, un petit chien, qui vit isolé en haut d’une montagne et qui a un projet secret : partir en Amérique du Sud pour retrouver sa Julie en construisant un véhicule extraordinaire.


L’album raconte comment Salvatore s’efforce d’obtenir la dernière pièce manquante pour son véhicule, à l’aide d’un tout petit humain, puis part, sans aucune idée sur la géographie ou sur les problèmes pratiques. L’amour et l’aventure le conduiront, n’est-ce pas. Et comment Amandine, accouche, mais égare François, l’un des petits. Les 12 autres petits cochons possèdent heureusement un bon sens de la débrouille. Or François a été adopté par une jeune chatte, riche adolescente.

C’est loufoque, c’est absurde, c’est fantaisiste, drôle et cruel, c’est plein de sentiments.

C’est le récit d’une grande aventure volontairement inachevée, comme une ouverture éphémère sur un monde parallèle au nôtre. À nous d’imaginer ce qui se passe une fois le livre refermé.

Il y a beaucoup de fondue savoyarde, toute sorte d’animaux, de l’art contemporain et un taureau.

 

De l'auteur, j’ai également lu:

Période glaciaire
La République du catch
New York sur Loire


Le hasard a fait que lors de mon passage à Cherbourg une exposition était justement consacrée à Crécy. Ce fut un plaisir de pouvoir admirer son dessin.






 

 

 

 

 

 

mercredi 24 août 2016

Le métro est un lieu unique pour observer la variété de la population.

Nicolas de Crécy, New York sur Loire, 2005.

C’est comme un carnet de voyage. Quelques pages au début pour nous relater l’histoire de cette ville, New York sur Loire : des marins néerlandais débarquent sur un rocher de granit rose habité par des phoques et des mainates. Ils construisent la ville en creusant la montagne. La population mi phoque mi humaine est rejointe par des Anglais, puis des Allemands. Un abattoir à dodos est construit pour nourrir tout le monde, etc. L’histoire vous rappelle quelque chose ? Dans cette grande ville à gratte-ciel, les tuyaux de chauffage rappellent Berlin et le peintre belge Ensor a sa place, ainsi que le château de Chambord et beaucoup d’autres choses. De grandes planches aquarellées, des petits croquis sur le vif, de belles peintures… le voyage continue en images.
Quand on a de la chance, on croise le fantôme de John Lennon, un habitué de la ligne 13 du métro (mais il a ses raisons).

J’ai beaucoup aimé. On retrouve les créatures familières de Nicolas de Crécy mi homme, mi phoque, mi chien, lesquelles font bon mélange avec les Mickeys des parcs d’attraction et les riches aux dents d’or. Le dessin est toujours poétique, intense, plein de détails, de couleurs, tout semble vivant, les immeubles et les voitures. Lumière et couleur intense, mouvante, brumeuse. Une dérivation libre sur une ville très aimée.





mercredi 20 avril 2016

Oui, enfin, telle que se présente la situation, nous devons jouer du Chostakovitch !

Nicolas de Crécy, La République du Catch, parution simultanée en France et au Japon, 2015.

Le héros, Mario, est un tout petit bonhomme à grosses lunettes, vendeur de pianos et vivant avec un manchot (un pingouin ?). Il est d’une famille sicilienne et ses cousins ne sont pas du même acabit. C’est le neveu Enzo (au physique de bébé) qui dirige toute l’entreprise depuis son QG : la République du Catch, un lieu voué à la force et au jeu. Mais le petit Mario reçoit l’aide inattendue de fantômes.
Mario et le cousin dont il reste surtout des fragments.
J’ai beaucoup aimé cette lecture. Crécy est à l’aise avec toutes ces êtres déformés, plus ou moins proches de l’être humain : trop grands, trop petits, animaliers, fantastiques, mous, inspirés des yokai pour certains d’entre eux, moitié robots ou androïdes pour d’autres. On est dans un univers très poétique, comme ce pingouin jouant du piano dans l’eau, le décor peut être celui de la ville ordinaire ou de l’usine futuriste, les codex mafieux sont détournés. Le dessin en noir et blanc fait toute sa place aux faces grimaçantes et aux regards, aux corps déformés des freaks ou musculeux des catcheurs.

Yeah ! Bérénice !
Plus on joue vie, plus le piano avant vie. Un petit air à la Philémon
dans cette belle idée.

 L'auteur a accordé un entretien à France Culture.
Mon billet sur Période glaciaire où Crécy re-visite le musée du Louvre.

mardi 26 août 2014

Comment cela est-il fait ? C’est plane et pourtant on sent des reliefs.


Nicolas de Crécy, Période glaciaire, 2005.

Une bande d’explorateurs s’avance sur la glace, à la recherche des traces d’une civilisation disparue – la nôtre. La troupe comprend notamment Hulk, un chien croisé de cochon qui parle comme un humain. Un séisme, et Hulk bascule dans le Louvre, enfoui sous la neige. Quel est le rôle de ce palais où sont conservées des images ? Personne n’y comprend rien.


 Cette bande dessinée se moque tout d’abord gentiment du travail des archéologues qui tente des interprétations élaborées à partir d’un bout de rien (ce grand bâtiment marqué « Rungis » est sans doute un temple, non ?)*. Elle rend également hommage aux œuvres du Louvre et à la capacité humaine de faire de grands efforts pour sauver ces chefs d’œuvre de l’humanité. Les explorateurs ne connaissent pas réellement la peinture figurative et ne comprennent pas comment un objet plat peut donner l’illusion de la profondeur, de la vie, de la chair… Pour eux, c’est un mystère.

Le côté « roman d’aventure et d’exploration » m’a plu bien sûr. J’avoue cependant être légèrement restée sur ma faim, je trouve que Crécy effleure son sujet, avec beaucoup de poésie, certes, mais voilà…

* Pour reprendre les mots d’une amie archéologue, « quand on ne sait pas ce que c’est, c’est rituel ».

Destination PAL. Le point sur LA LISTE. L'avis de Miss Bouquinaix.