La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mercredi 30 décembre 2015

Ne va pas répéter ça à mes parents.

Bill Watterson, Calvin et Hobbes, tome 1, publication originelle 1987, traduit de l’américain par Franck Reichert.

Est-il réellement nécessaire de chanter les louanges de Calvin et Hobbes ?

Calvin est un petit garçon capable des pires bêtises et qui adore se raconter des histoires fabuleuses d’extraterrestres, de zombies, de pirates, etc. – c’est tellement plus amusant que la vraie vie où il faut aller à l’école et obéir à ses parents. Il a la chance de posséder un tigre en peluche que son imagination dote de toutes les qualités d’un vrai tigre vivant (féroce et redoutable), mais pas seulement. Hobbes aime aussi les gâteaux et faire des bisous aux filles. Il est la voix de la raison que Calvin n’écoute pas, le compagnon des bêtises et le confident – qui ne rêverait pas d’avoir un tigre comme ami ?
Dans la famille, n’oublions pas les parents. La mère qui travaille et qui est débordée, le père plus volontiers complice des bêtises de son fils et qui parvient à en jouer.

Difficile de ne pas se reconnaître dans ce petit garçon qui préfère son univers de rêve, où il est un héros, où il y a plein de trucs palpitants à découvrir et à faire, à la vraie vie pleine d’interdits. Calvin est un enfant de la télévision et de la société de consommation. Ce n’est pas un petit mignon adorable. Il aime les films d’horreur, la bataille, les monstres qui ravagent tout, les insultes – tout en restant au chaud dans son lit avec son tigre. 



 Cette lecture et relecture nous a fait rire aux éclats, Moustachu et moi.


Merci à Babelio et aux éditions Hors Collection pour cette lecture.

lundi 28 décembre 2015

Tant qu’il y a du lait, il y a de l’espoir.

Neil Gaiman, Par bonheur, le lait, traduit de l’anglais par Patrick Marcel, texte de 2013, paru illustré par Boulet en 2015 Au diable vauvert.

Un roman jeunesse qui permet d’ouvrir un intermède de joyeuse fantaisie dans le cours des jours.

Un père part à l’épicerie acheter du lait pour le petit-déjeuner de ses enfants. Il est un peu long à revenir. C’est qu’il lui en est arrivé de belles ! Il y a d’abord eu les extraterrestres, puis un stégosaure dans un ballon dirigeable, la fin du monde évitée de justesse, sans oublier ni les pirates ni les piranhas. Heureusement, le père avait la bouteille de lait avec lui.
Vous l’avez compris, ce court roman est un hymne aux romans d’aventures, de SF et de pirates, à l’univers de l’enfance et des grands enfants. Le père raconte son histoire et les enfants l’écoutent, à moitié goguenards et à moitié quand même impressionnés – par la performance ou les faits. Les jeux de mots et clins d’œil abondent pour le lecteur.
Les dessins de Boulet sont indissociables du texte de Gaiman. Il excelle dans tous les monstres et dinosaures et mêle heureusement aventures et détails contemporains. Un trait noir et fin, des hachures, un crayonné rapide, une abondance de détails, tout comme le récit de Gaiman se remplit de petits faits très précis.
Il s’agit donc de jouer sur les topos des romans d’aventure, topos dénoncés, moqués, mais attendus avec impatience. C’est ainsi que les pirates semblent avoir très mal lu Peter Pan.


- Nous aimons bien les flamants roses en plastique. Nous estimons que c’est la plus haute et la plus belle forme d’art que la planète Terre ait atteinte. Et puis, ils sont plus propres que des arbres. Nous allons également remplacer les nuages par des bougies parfumées.
- Nous aimons bien les bougies parfumées, aussi, a expliqué un autre individu gloubonneux, qui donnait l’impression d’être essentiellement constitué de morve.


Merci Babelio et le DiableVauvert pour cette lecture.

Avis de Noukette et d’Antigone.

dimanche 13 décembre 2015

Ô voyageur, ô savant, ô poète

W. B. Yeats, Byzance, l’autre rive, 1928.

Non, ce pays
N’est pas pour le vieil homme. Garçons et filles
À leur étreinte, et les oiseaux des arbres,
Ces profusions de la mort, à leur chant,
Les cataractes de saumons, les mers
Gonflées de maquereaux, tout, ce qui nage,
Vole, s’élance, tout dans l’été sans fin
Célèbre concevoir, naître et mourir.
Prise dans la musique des sens, toute vie néglige
Les monuments de l’incoercible intellect.

L’homme qui a vieilli n’est qu’une loque,
Un manteau déchiré sur un bâton, à moins
Que l’âme ne batte des mains et ne chante, toujours plus fort,
À chaque accroc nouveau du vêtement mortel.
Or, il n’est pour le chant qu’une école, lire
Les monuments où l’âme a sa splendeur,
Et c’est pourquoi j’ai franchi les mers, et je suis venu
À la ville sainte, Byzance.

Poème extrait du recueil Quarante-cinq poèmes, traduit de l'anglais par Yves Bonnefoy.

En raison d'un déménagement et d'une connexion internet pleine de suspense, je vous laisse avec ce poème, qui vous donnera l'origine d'une formule bien connue.

jeudi 10 décembre 2015

Car l’Espagne se meurt, car l’Espagne s’éteint !

Victor Hugo, Ruy Blas, 1838.

Mais c’est une excellente pièce !

J’avais étudié Ruy Blas au lycée (le drame romantique, c’était en première de mon temps) et j’en avais un assez bon souvenir. À la relecture, je trouve que la pièce est vraiment réussie. En tout cas, elle me plaît plus qu’Hernani.

On est au XVIIe siècle, sous Charles II, et l’Espagne ne va pas fort. C’est une époque idéale pour les intrigues, les ascensions des courtisans et les trahisons. Le très horrible Don Salluste veut se venger de la reine et décide d’utiliser à cette fin son valet, Ruy Blas, qu’il va faire passer pour un grand d’Espagne – et plus le valet est amoureux de la reine. La pièce mêle donc intrigue amoureuse entre deux personnes de conditions sociales opposées et fable politique, les personnages très noirs côtoient les innocents et les burlesques.

Madame, sous vos pieds, dans l’ombre, un homme est là
Qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile ;
Qui souffre, ver de terre amoureux d’une étoile ;
Qui pour vous donnera son âme, s’il le faut ;
Et qui se meurt en bas quand vous brillez en haut.

Hugo fait précéder sa pièce d’une préface manifeste sur le drame romantique, que l’on peut choisir ou non de croire. Moi, ce que j’ai aimé c’est le rythme des échanges et de l’action, avec l’alternance de tons, d’espoir et de désespoir. Je ne me souvenais pas que Salluste était si ténébreux ni que le cousin de Salluste était si burlesque. Hernani manquait (à mon sens) d’authentiques méchants et donnait l’impression que les personnages se jouaient à eux-mêmes la comédie du danger. L’incarnation par Salluste rend celui-ci beaucoup plus concret.
 
Juan de Zurbarán, Citrons, vers 1640, Academia de las Bellas artes, Madrid, M&M
 Hugo manifeste, outre son goût pour l’Espagne, son intérêt pour les monarchies déliquescentes, où le faste côtoie le sordide. Le lamento sur la corruption des grands est célèbre ; l’auteur aimait les arènes politiques, celles de son temps et celles du passé (comme 93). La langue navigue entre grandeur tragique, vaudeville et violence triviale. J’avais eu du mal avec le personnage de Charles Quint dans Hernani, mais pour moi la langue d’Hugo avec ses outrances convient bien à un valet contrefaisant le ministre qui investit la langue politique en quelque sorte au premier degré, prenant au sérieux le travail de réforme, et à Salluste, qui intrigue dans l’ombre.


Invente, imagine, suppose.
Fouille dans ton esprit. Cherches-y quelque chose
D’étrange, d’insensé, d’horrible et d’inouï.
Une fatalité dont on soit ébloui !
Oui, compose un poison affreux, creuse un abîme
Plus sourd que la folie et plus noir que le crime,
Tu n’approcheras pas encor de mon secret.
-       Tu ne devines pas ? – Hé ! qui devinerait ? –
Zafari ! dans le gouffre où mon destin m’entraîne
Plonge les yeux ! – je suis amoureux de la reine !

Difficile de ne pas penser à La Folie des grandeurs tout au long de la lecture. Notons que le film présente de très nombreuses allusions au texte hugolien, amusez-vous à les traquer !




mardi 8 décembre 2015

Te voilà condamné à passer la meilleure partie de ton existence dans les parages de cette île.

Joseph J. Fuller, Le Maître de la Désolation. 35 ans aux îles Kerguelen (1860-1895), texte édité par Jean Bousquet, traduit de l’américain par Lucette Laurent Bousquet, jamais édité du vivant de l’auteur, paru en France chez Ginkgo.

Un livre très intéressant.

Le sous-titre dit presque tout : Joseph Fuller, capitaine de navire baleinier navigua toute sa vie au large des Kerguelen. Il faut ajouter qu’il y fit naufrage et dut y demeurer 11 mois avec tout son équipage.
Il s’agit de mémoires, rédigées après coup, qui racontent plusieurs campagnes de Fuller, depuis son premier embarquement comme novice jusqu’à sa carrière de capitaine. Il s’agit certes d’un navire baleinier, où les baleines sont tuées pour leur huile, mais la chasse est surtout menée contre les otaries, les phoques et les éléphants de mer, essentiellement pour l’huile et aussi pour les peaux. C’est la fin du XIXe siècle où les expéditions ont déjà décimé en partie les colonies d’animaux qui se raréfient. Les campagnes durent entre une et trois années (où l’on apprend que les contrats de travail de l’équipage ne mentionnent en général pas la durée du voyage) : les hommes y sont tour à tour marins, chasseurs et préparateurs des tonneaux d’huile. C’est une vie très dure.
Vue satellite de l'archipel des Kerguelen. Wikipedia.
C’est un texte très instructif, car il restitue tout un monde disparu. Cela nous donne tout l’arrière-plan de romans d’aventures comme Moby Dick, car Fuller est un auteur d’une extrême précision sur les animaux, les techniques de chasse, les dangers des écueils et les manœuvres à suivre pour éviter de prendre des risques – on est loin des romans qui manie un baragouin de marine à voile pour faire couleur locale. J’ai apprécié notamment toutes les informations financières sur ce genre de pêche : qui avance l’argent, comment s’effectue la répartition des recettes, etc. Ainsi, après son premier voyage en tant que novice, Fuller se trouve devoir 42 dollars aux armateurs et n’avoir rien gagné. Et pendant et après le naufrage, il est encore question d’argent.
Une grande partie du texte concerne le naufrage de son navire lors d’une campagne de chasse à l’otarie aux Kerguelen, ainsi que les mois qui ont suivi. Fuller parvient à rester 11 mois avec tout son équipage sain et sauf avant d’être récupéré par un navire, malgré les tensions qui interviennent entre les hommes. Là encore, l’analyse des relations entre officiers et matelots est très éclairante. Fuller a une connaissance très intime des Kerguelen : sa géographie, le moindre rocher, c’est une mémoire visuelle car les cartes ne sont pas à jour. Il est à même de renseigner ainsi une expédition scientifique. Il a la même connaissance des plantes et des animaux, des gestes qui peuvent sauver un matelot malade, c’est un savoir qui devait se transmettre oralement.

 Bien sûr, il ne s’agit pas d’un roman. Et on peut trouver tout à fait rébarbatif l’énumération des baies, récifs, îlots, nombre d’otaries tuées, etc. Ceci dit, cette langue très descriptive se lit plutôt bien et retranscrit son objet sans fioriture. Elle a aussi un accent très vrai sur les hommes, les marins, les relations sur un navire, les dangers de la mer.
J’ai particulièrement apprécié le récit de la première journée de navigation du novice, avec sa découverte du mal de mer, du vertige quand il faut monter en haut des mâts. Rien de pittoresque là-dedans, on n’est pas dans un roman d’aventures. C’est ainsi que l’auteur se moque de ceux qui s’imaginent que les marins ne mangent que des biscuits de mer, alors que du pain frais sort tous les jours du four du cuisinier.

Je réussis à atteindre la bastaque et je m’élançai ensuite dans le gréement. D’enfléchure en enfléchure, je grimpai jusqu’à parvenir au sommet. C’était la première fois que je montai dans une mâture. Vous pouvez donc imaginer ce que je ressentais. J’étais pénétré de terreur. Quand j’arrivai en haut, à destination, je jetai un coup d’œil en dessous et la vision qui m’apparut me fit trembler comme une feuille. Le bateau roulait de long en large ; les voiles battaient comme autant d’horribles vautours ; le gréement sifflait une infernale polyphonie.

Les bastaques et enfléchures sont des câbles et des cordages situés dans le gréement.


dimanche 6 décembre 2015

Humeur de morue

Photo prise de pêche à la morue à Percé en 1925
Le mois Québec en Novembre de Karine est terminé, mais moi j’ai encore des choses à vous raconter à propos du Québec.
Aujourd’hui, la morue (et les baleines, un peu aussi).

On retient en effet le nom de Jacques Cartier pour avoir « découvert » le Saint-Laurent et le futur site de Montréal. C’est faire bon marché des populations autochtones, mais également des pêcheurs européens qui fréquentaient la zone depuis bien longtemps. En effet, à cause du Carême et des différentes périodes de jeûne imposés par le calendrier chrétien, l’Europe avait des besoins très importants en poisson. Les pêcheurs au fil des siècles partirent de plus en plus loin à la recherche de nouveaux bancs, en particuliers de bancs de morue, un poisson qui se conserve très bien salé ou fumé.
C’est ainsi que les pêcheurs bretons et normands parvinrent jusqu’au large de Terre-Neuve et sur les côtes de Gaspésie bien avant l’arrivée de Cartier. Ils se contentaient de passer chaque année quelques semaines ou quelques mois dans la région et repartaient avant l’hiver. Les Micmacs ont donc eu l’occasion de croiser à plusieurs reprises les Européens avec qui ils échangeaient, par exemple des peaux contre des outils.
Bien sûr, avec la création des colonies anglaises et françaises et ensuite des Etats-Unis et du Canada, la pêche à la morue prit un essor colossal, jusqu’à épuiser les bancs.
Nous avons ainsi appris qu’au XIXe siècle plusieurs compagnies de pêche à la morue installées en Gaspésie venaient de Jersey. Sur l’île Bonaventure était installée la maison du représentant de la compagnie Le Boutillier, venu de Jersey pour administrer ce petit domaine. Ce gérant était certainement le personnage le plus important de la région, de lui dépendait la vie de bien des familles.
Ile Bonaventure. La maison du gérant de la compagnie Le Boutillier
Le bureau du gérant de la compagnie
Nous avons aussi visité un Magasin général reconstitué à l’Anse-à-Beaufils (tout près de Percé et de l’île Bonaventure). Attention, nous sommes loin de la BD du même nom ! Le Magasin général appartenait en effet à la compagnie de morue qui « avançait » aux pêcheurs tout le nécessaire pour vivre pendant l’hiver (nourriture, graines, engrais, vêtements…) à charge pour eux de « rembourser » en tonnes de morues pêchées. On ne sortait jamais de ce système d’endettement à vie.



Des rangements fonctionnels avec des tiroirs en hauteur qui basculent pour montrer la marchandise au client.

C’est un endroit très agréable à visiter, car animé par des bénévoles qui jouent pour les visiteurs les scènes entre le pêcheur et le patron du magasin ou avec les employés. La famille qui est propriétaire du lieu a reconstituer un authentique magasin général avec tout le bazar qui y était vendu : conserves, sacs de farine, vêtements, chaussures, outils, raquettes, traineaux, etc.


Un pêcheur réclamant quelques provisions au gérant du magasin (venu de Jersey) et la remise aux outils.

Et les baleines dans tout ça ? Il faut se rendre à Trois-Pistoles où très tôt des basques ont utilisé une petite île au large lors de leurs campagnes de chasse à la baleine en été. Sur la baleine on récupérait l’huile, les os, les fanions. Là encore, les premières implantations étaient saisonnières avant de devenir définitive. Des restes archéologiques ont été découverts sur l’île aux Basques et sont exposés dans le petit musée local. Aujourd’hui, tout est basque à Trois-Pistoles, une ville que les Québécois connaissent pour sa fromagerie ! Il y a aussi un terrain pour jouer à la pelote (basque bien sûr).


Des sceaux de communes basques avec des représentations de baleine, dont les reproductions sont présentées à Trois-Pistoles. Et une vue de l'Île aux Basques. 


Instructif, non ?

Tous les billets sur le voyage au Québec : présentation générale ; les Escoumins et les baleines ; le tour de la Gaspésie ; l'île Bonaventure et le rocher Percé.


vendredi 4 décembre 2015

La peur est un immeuble : on la voit de loin.

Diego Vargas Gaete, L’Extinction des coléoptères, traduit de l’espagnol (Chili) par Julia Cultien, édition originale 2014, édité en France à L’Atelier du Tilde.

Petit roman très original qui raconte l’histoire étrange du Chili.

Au début du roman, Silvana Kunz est à la laverie et s’énerve contre la machine qui fonctionne mal. Un court-circuit électrique et hop, c’est fini. Mais en réalité tout commence. Nous allons en effet parcourir l’histoire de la famille Kunz, depuis l’arrivée du grand-père d’Allemagne jusqu’à la vie de la fille de Silvana (oui), alors même que celle-ci voyage à travers l’univers flottant de la mort. L’argent venu d’Allemagne, lui aussi, un sous-sol mystérieux, une fortune agricole, les affres d’une famille et d’un pays. Puis nous passons à la famille de l’agent d’entretien de la propriété des Kunz, qui ne semble guère mieux. On croise beaucoup d’insectes, avec leurs noms latins, qui se posent ici ou là, et une mystérieuse collection de pénis en plâtre.

- Les plantes émettent une aura, une vapeur qui les enveloppe, signala Ferdinand.
Silvana pensa que son père avait une fois de plus bu un peu trop et elle lui proposa de retourner à la maison.
- Tu ne comprends pas, murmura l’agriculteur. Papa Harald m’a appris à reconnaître quand c’est la bonne graine ou quand il vaut mieux repartir de zéro.
- Papa, il est tard, rentrons.
Chaque chose en son temps. Bientôt tu sauras voir cette vapeur laiteuse que dégagent les bonnes graines, dit-il en fixant son regard sur le ciel noir.
César, Compression de cageots, 1976, MAC Marseille.
En dépit de l’entrecroisement des personnages et des périodes, le livre se lit très facilement. C’est autant le portrait d’individus et de familles ravagés que celui d’un pays dont on se demande ce qu’il peut être, ainsi constitué. J’ai notamment apprécié le fait que de nombreux mystères ne sont pas éclaircis et que les éléments les plus improbables prennent peu à peu l’allure d’évidences incontournables. Le fantastique ou la simple fantaisie s’imposent avec leur clarté propre, c'est un grand plaisir à la lecture.

Ses pas s’enfoncent dans la boue tandis qu’elle marche en direction d’une plaine semée de blé. Les épis se meuvent dans l’effet du vent qui porte avec lui le parfum des cerises et de l’écume. Silvana ignore pourquoi, mais elle pense à son père et pleure sans pouvoir s’arrêter. Quand elle rouvre les yeux, pour la première fois et pour la seule fois de sa vie, elle perçoit l’aura qui flotte sur le blé. C’est une sorte de vapeur orangée, un œuf lumineux qui entoure les épis.

Merci Catherine pour cette lecture. Si vous aimez la littérature de langue espagnole, les éditions de l'Atelier du Tilde sont faites pour vous.