Victor Hugo, Ruy Blas, 1838.
Mais c’est une excellente
pièce !
J’avais étudié
Ruy Blas au lycée (le drame romantique,
c’était en première de mon temps) et j’en avais un assez bon souvenir. À la
relecture, je trouve que la pièce est vraiment réussie. En tout cas, elle me
plaît plus qu’
Hernani.
On est au XVIIe
siècle, sous Charles II, et l’Espagne ne va pas fort. C’est une époque idéale
pour les intrigues, les ascensions des courtisans et les trahisons. Le très
horrible Don Salluste veut se venger de la reine et décide d’utiliser à cette
fin son valet, Ruy Blas, qu’il va faire passer pour un grand d’Espagne – et
plus le valet est amoureux de la reine. La pièce mêle donc intrigue amoureuse
entre deux personnes de conditions sociales opposées et fable politique, les
personnages très noirs côtoient les innocents et les burlesques.
Madame, sous vos pieds, dans l’ombre, un homme est là
Qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile ;
Qui souffre, ver de terre amoureux d’une étoile ;
Qui pour vous donnera son âme, s’il le faut ;
Et qui se meurt en bas quand vous brillez en haut.
Hugo fait précéder sa pièce d’une
préface manifeste sur le drame romantique, que l’on peut choisir ou non de
croire. Moi, ce que j’ai aimé c’est le rythme des échanges et de l’action, avec
l’alternance de tons, d’espoir et de désespoir. Je ne me souvenais pas que
Salluste était si ténébreux ni que le cousin de Salluste était si burlesque.
Hernani manquait (à mon sens)
d’authentiques méchants et donnait l’impression que les personnages se jouaient
à eux-mêmes la comédie du danger. L’incarnation par Salluste rend celui-ci
beaucoup plus concret.
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| Juan de Zurbarán, Citrons, vers 1640, Academia de las Bellas artes, Madrid, M&M |
Hugo manifeste, outre son goût
pour l’Espagne, son intérêt pour les monarchies déliquescentes, où le faste
côtoie le sordide. Le lamento sur la corruption des grands est célèbre ;
l’auteur aimait les arènes politiques, celles de son temps et celles du passé
(comme
93). La langue navigue entre
grandeur tragique, vaudeville et violence triviale. J’avais eu du mal avec le
personnage de Charles Quint dans
Hernani,
mais pour moi la langue d’Hugo avec ses outrances convient bien à un valet
contrefaisant le ministre qui investit la langue politique en quelque sorte au
premier degré, prenant au sérieux le travail de réforme, et à Salluste, qui
intrigue dans l’ombre.
Invente, imagine, suppose.
Fouille dans ton esprit.
Cherches-y quelque chose
D’étrange, d’insensé, d’horrible
et d’inouï.
Une fatalité dont on soit
ébloui !
Oui, compose un poison affreux,
creuse un abîme
Plus sourd que la folie et plus
noir que le crime,
Tu n’approcheras pas encor de mon
secret.
- Tu
ne devines pas ? – Hé ! qui devinerait ? –
Zafari ! dans le gouffre où
mon destin m’entraîne
Plonge les yeux ! – je suis
amoureux de la reine !
Difficile de ne pas penser à La Folie des grandeurs tout au long de
la lecture. Notons que le film présente de très nombreuses allusions au texte
hugolien, amusez-vous à les traquer !