Jean Giono, Les Récits de la demi-brigade, recueil de nouvelles écrites entre 1955 et 1960, recueil paru en 1972, édité par Folio/Gallimard.
Six récits, où le narrateur n’est autre que le capitaine de gendarmerie Langlois, plusieurs années avant son apparition dans Un roi sans divertissement.
C’est un ancien des armées napoléoniennes, un qui est revenu de toutes les guerres et qui sert le pouvoir royal avec prudence et scepticisme, avec aussi beaucoup de distance vis-à-vis de la Préfecture. C’est un bout de Provence qui est parcourue par des bandits de grand et petit chemin, des bandes venues de Marseille, des espions du roi, des complotistes légitimistes. Notre héros essaie de traquer la vérité, se plante souvent, mais préfère aussi souvent l’honneur à la légalité.
Je pris deux pistolets et mon sabre : pistolets pour l’en-cas et sabre pour le plaisir. Il n’y avait qu’à chercher deux ou trois têtes à mettre devant le sabre.
Un régal de lecture. Un récit par soir avant de s’endormir. Le ton y est rapide et allusif – comme dans Un roi sans divertissement, une partie de la résolution risque d’échapper au lecteur trop pressé. L’essentiel réside dans la peinture d’un personnage et d’une atmosphère : une Provence aux allures coupe-gorge permanent, souvent couverte de neige (car décidément Langlois est un être de l’hiver), les longues chevauchées dans des chemins mal famés (et les chevaux sont des personnages à part entière).
Aussi loin que mes yeux pouvaient voir, j’apercevais autour de moi des landes désertes dont l’aspect renouvelé par la neige m’était parfaitement étranger. Les lointains étaient de ce bleu sombre un peu funèbre que prend la mer sur de grands fonds.
Entre roman d’aventure et roman policier, langue ciselée, ironique, qui trace des portraits en une ligne – c’est peut-être le franc parler du soldat ou le contexte paysan qui autorise ces formules taillées au sabre.
On croise également la petite marquise de Théus, vous savez, celle qui accompagne Angelo dans sa traversé de la Provence en proie au choléra, ainsi que son vieux et noble mari. Voilà, on est dans cet univers là.
C’était à ce moment-là une bande semi-politique, semi-ecclésiastique, semi-tout ce qu’on voudra. Il s’agissait, en gros, de complots contre rien et contre tout, d’une sorte de Terreur blanche bâtarde et attardée ; et en détail, d’une couverture à beaucoup de noirs desseins, si noirs qu’il fallait de bons yeux pour arriver à distinguer, au fond, les bas violets de l’évêque.
Ces terres désertes que je connais bien ont un visage très sensible. En l’interrogeant avec patience on y trouve trace de tout. Alors que, dans un endroit fréquenté, le passage d’un homme ne signifie rien, il pouvait ici donner matière à des réflexions utiles.
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| Hannon, La Clairière, 1897 photogravure (Bruxelles espace photographique) |
Je n’avais pas lu Giono depuis un certain temps (octobre 2023, me dit le blog, avec Un roi sans divertissement justement) et j’ai replongé avec un grand plaisir. Je vais relancer la machine ! C'est pourquoi j'ai eu envie de ce projet de lecture commune, mais il n’est pas exclu que je sois toute seule à participer. M’en fous un peu.*
* Mais non ! Il y a Ingannmic qui a lu Un de Baumugnes.
Et n’oubliez pas : aujourd’hui, 2 avril, c’est la sainte Sandrine, sainte patronne des lectures communes sur la blogosphère. Donc bonne fête Sandrine !

Oui, j'ai vu chez Inganmic, pfff j'étais restée sur Que ma joie demeure dont le titre Bach-ien n'a pas suffi à m'enthousiasmer, très beau très agaçant dis-tu. J'aurais du vous suivre...
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