La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



lundi 30 juillet 2012

Thorkel gagna alors l’autre extrémité du tronc d’arbre et commença à trancher la tête des prisonniers, l’un après l’autre, sans même les faire se lever.


Frans G. Bengtsson, Orm le Rouge, t. 1 : Sur les mers de la route de l’Ouest et t. 1 : Au pays et sur la route de l’Est, traduit du suédois par Philippe Bouquet, 1e parution 1941 et 1945, édité en France par Gaïa et Actes Sud, 1997 et 1998.

À la suite du billet enthousiaste de Marie-Neige, je me suis lancée dans l’aventure viking et c’est un bien bon livre d’aventures. Le héros est Orm, un de ces hommes du Nord, qui sont des brutes et qui, la belle saison venue, partent en expédition comme d’autres font les festivals ou les courses, pour ramener du butin. Les aléas de la mer, les batailles, les défaites, la ruse, la chance mènent le héros du grand Nord  jusqu’à Cordoue en passant par l’Irlande et ses moines, Londres et Westminster. Après quelques années de répit, il repart sur les mers... On suit aussi l’installation d’Orm et de sa famille dans sa ferme, avec les us et coutumes locaux.
Rien ne vaut la bonne viande et la bonne bière mais pour s’adapter aux circonstances, il faut savoir se faire païen, chrétien ou musulman. Le rapport à la religion est très pragmatique : même quand on est chrétien, on sait bien que sur un bateau, sacrifier un bouc est bien plus efficace. "Il en fut donc ainsi et le père Willibald dut se contenter de secouer la tête et de marmonner à voix basse quelques paroles bien senties sur l’impudence du démon dans ce pays."
Beaucoup d’aventures, de coups d’épée (ou d’enclume). Le tout est très bien écrit, dans un style volontairement un peu daté et « faisant ancien », juste assez pour nous dépayser et donner une atmosphère de saga.


Gravure d’Alphonse de Neuville, 
pour illustrer l’Histoire de France de Guizot,
 1883, image Wikipedia.

Le roman ayant 60 ans, j’imagine que les recherches archéologiques et historiques actuelles le contredisent sur certains points mais cela me semble très documenté et on découvre facilement le mode de vie viking. Personnellement je me suis mélangée dans les noms de lieux, je n’ai pas vraiment cherché à distinguer les différentes régions de Scandinavie évoquées.

Le scribe eut l’air navré de cette mésaventure mais ne parut pas inquiet outre mesure. L’essentiel, dit-il, c’était la peau de mouton.* Tant qu’il ne l’avait pas perdue, le reste n’avait pas grande importance. Il ne s’agissait que de neuf têtes, après tout, et il pensait qu’il lui serait possible d’en emprunter à Kiev, auprès de certains amis exerçant des fonctions semblables aux siennes. En général, il n’y manquait pas de malfaiteurs à exécuter.
* Peau de mouton qui sert de parchemin, elle porte la liste des têtes.


samedi 28 juillet 2012

Humeur du samedi-manche : Des beaux-arts



Une humeur en forme de sélection parmi les merveilles de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg (pour le voyage complet c'est ICI). Nous y sommes restées 6-7 heures mais nous n'avons pas tout vu. Par pudeur, je n'ai pas compté le nombre de photos que j'ai prises - j'ai fait une orgie.

Falconet, Cupidon, après 1757 marbre, image M&M
D'abord l'Amour de Falconet, une pièce maîtresse. Falconet a travaillé pour Catherine II à Saint-Pétersbourg et ses oeuvres sont bien représentées. Cet amour souriant et aimable, narquois, moqueur puis cruel, est une réussite.

Perronneau, Portrait d'un garçon avec un livre,
avant 1781, image M&M 
Ce portrait de Perronneau m'a touchée en raison de son sujet et du très beau camaïeu de bruns : la peau rosée, le fond, le costume, le livre. Le regard clair du modèle est aussi très beau. Regardez-moi ça :


Santerre, Jeune femme voilée, image M&M
J'ai découvert ce tableau de Santerre, très beau, très mystérieux, qui aurait beaucoup plu aux auteurs romantiques. La photo est moyenne mais ce visage dans l'ombre est très réussi.

Et cette chemise transparente chiffonnée, cela signe son XVIIIe siècle, ça ! Vous aviez peut-être remarqué ma prédilection pour ce siècle... ça ne m'a pas empêché d'admirer plein d'autres choses...

Troyon, Départ pour le marché ou Le Matin d'automne, 1859, image M&M
Je n'ai pas résisté non à ce Troyon immense, à la lumière magnifique, avec tous les animaux à contre-jour. À l'Ermitage, il y autant de salles consacrées à la "peinture française des XIXe et XXe siècles" que pour la "peinture européenne XIXe et XXe siècles"... Degas, Van Gogh, Picasso, Matisse... 


Mais j'ai un faible pour ces deux sculptures de l'italien Manzu que je trouve très réussies et spectaculaire. Enfin, une oeuvre du maître de la sculpture, j'ai nommé Michel-Ange bien sûr :

Michel-Ange, Garçon accroupi, marbre, image M&M
Parmi les Italiens, il y avait aussi Titien, Léonard et d'autres magiciens... mais je m'arrête.

Je passe sur les incontournables pittoresques de l’Ermitage : les "dames" qui surveillent les visiteurs (qui ne comprennent pas un mot d’anglais), les chats que l’on aperçoit pour chasser les souris, les téléphones antédiluviens qui permettent au personnel de communiquer, littéralement pendus au mur, les œuvres dans les caisses et les explications en cyrillique... j'y retournerai !

Normalement en cliquant sur les photos, cela s'agrandit.

jeudi 26 juillet 2012

Et il ne lui parla pas, Pereira, il lui fit simplement un geste affectueux de la main en guise d’au revoir, prétend-il.


Antonio Tabucchi, Pereira prétend, traduit de l’italien par Bernard Comment, 1e 1994, Paris, Gallimard, 2010.

Un petit livre très subtil sous ses dehors inoffensifs. Le héros, Pereira, est journaliste à Lisbonne (on est en 1938), il est responsable de la page culturelle d’un hebdomadaire, se contente souvent de traduire des écrivains français du XIXe siècle, vit dans le souvenir de ses années d’études et de sa femme, il a de l’embonpoint, a une vie un peu triste. Un jour, un peu au hasard, il engage un stagiaire. Les textes du stagiaire se révèlent décevants d’un point de vue journalistique mais sont marqués par de fortes idées politiques. On est sous la dictature de Salazar… Pereira va peu à peu prendre conscience du vide de sa propre existence et du rôle qu’il peut jouer face à la dictature.
Le roman se déroule essentiellement à Lisbonne, en pleine chaleur mais l’actualité mondiale résonne fortement comme un bruit de fond : l’alliance du Portugal et de l’Allemagne, la Guerre civile espagnole, Mussolini et le rôle de la littérature dans tout ça.
L’originalité de ce roman est dans sa forme. Les faits sont rapportés et chaque paragraphe contient cette phrase « Pereira prétend ». Ces deux mots rythment sourdement le roman. C’est Pereira qui rapporte les faits, a posteriori, on imagine un auditeur, un lecteur, il pourrait s’agir d’un rapport de police, d’un témoignage pour l’histoire – mais le sous-titre est là pour nous renseigner – et subsiste toujours un léger doute quant à la réalité de ce qui est raconté.

Lisbonne, ruelle de la Mouraria
image Wikipedia
  
Le début :
Pereira prétend avoir fait sa connaissance par un jour d’été. Une magnifique journée d’été, ensoleillée et venteuse, et Lisbonne qui étincelait. Il semble que Pereira se trouvait alors à la rédaction, il ne savait que faire, le directeur était en vacances, son souci consistait à devoir monter la page culturelle, parce que le Lisboa avait dorénavant une page culturelle, dont on lui avait confié la responsabilité. Et lui, Pereira, réfléchissait sur la mort.

Un cadeau d’Eva, merci ! Deuxième étape du viaggio.


mardi 24 juillet 2012

J’emploie souvent des expressions dont j’ignore prudemment le sens, parce que là au moins, il y a de l’espoir.


Romain Gary (sous le nom d’Émile Ajar), Gros-Câlin, 1974.

Un livre lu avec un grand plaisir (et que je relirai vraisemblablement) mais dont il est très difficile de parler et surtout de rendre compte.
Le narrateur est un homme anonyme, répondant au nom de Cousin. Il a adopté Gros-Câlin, un python, pour lequel il ressent une grande affection. Il y a pourtant une petite difficulté : le python mange des proies vivantes et le narrateur ne peut s’empêcher de se prendre aussi d’affection pour la petite souris blanche. Alors que faire ? Un des motifs du livre est la résolution de cette impasse. Mais c’est loin d’être tout.
Les difficultés de la cohabitation avec un python (avec les problèmes de voisinage que cela comporte) donnent lieu à des développements cocasses et touchants. Le narrateur est en particulier inquiet à l’idée de réussir à trouver une jeune femme acceptant de vivre avec un python. En secret, il est amoureux de sa collègue, Melle Dreyfus, une Guyanaise.
On a affaire à un homme seul, en gros manque d’affection, qui ne cesse d’insister sur les millions d’habitants de Paris. Il est statisticien : "J’ai commencé à m’intéresser aux nombres pour me sentir moins seul." Ses essais pour entrer en contact avec ses collègues, ses voisins, les autres occupants du métro sont tous infructueux et pathétiques. C’est l’occasion de réflexion sur la solitude de la condition humaine depuis le moment même de la conception.
Mais mon compte rendu a un ton beaucoup trop sérieux ; tout l’intérêt du roman est dans sa langue ! Jeux de mots, lapsus et stéréotypes reformulent l’ensemble de façon inédite. Le narrateur est faussement naïf, vivant comme en clandestinité sa solitude. C’est une façon pour Gary de se moquer des certitudes de la France des 30 glorieuses et de camper un univers individualiste.

Je me suis pris moi-même dans mes bras et j’ai serré. J’ai resserré mes bras autour de moi-même et j’ai serré très fort, pour voir l’effet affectueux que ça fait. Je me suis serré dans mes bras avec toute la force dont je suis capable, en fermant les yeux. C’est très encourageant, un avant-goût, mais ça ne vaut pas Gros-Câlin. Lorsqu’on a besoin d’étreinte pour être comblé dans ses lacunes, autour des épaules surtout, et dans le creux des reins, et que vous prenez trop conscience des deux bras qui vous manquent, un python de deux mètres vingt fait merveille.

C’est drôle et on sourit souvent. La quête d’affection de Cousin est touchante et on ne sait plus qui s’exprime, du python ou de son maître. Ils se ressemblent dans leur façon de faire des nœuds et d’être incompris par leurs contemporains.

Deuxième participation (après Chien blanc) au challenge lancé par Delphine. L'avis de Passion de lecteur et de Miss Bouquinaix (qui explique bien le trouble du lecteur).

dimanche 22 juillet 2012

Les humeurs du samedi-manche : à table !



J’avais prévu de faire une humeur avec de la montagne et de la randonnée dedans, mais la petite forme de mon Moustachu chamboule mes plans. Alors, un article prévu depuis longtemps, indispensable en toute saison : des moelleux !
Deux livres à vous présenter, je me sers indifféremment de l’un ou de l’autre :
- I love muffins d’Ilona Chovancova, éditions Marabout, 2010, avec des moules en forme de cœur et en silicone, offert par mes amis marseillais 
- Moelleux et cœurs coulants de Paul Simon, éditions Marabout, 2009.

Je fais souvent des moelleux, des muffins, des petits gâteaux : en général, on n’a pas besoin d’ingrédients extraordinaires, parce que c’est rapide et parce qu’avec deux œufs on peut obtenir 8-10 gâteaux, c’est très pratique à offrir. Et puis, c’est bon.
 Au choix : moelleux chocolat noir et fleur de sel (un grand succès), muffins cacao caramel au beurre salé, moelleux chocolat blanc,  moelleux chocolat cœur framboise…

La boîte est prête à partir : moelleux chocolat noir avec
coeur au caramel et un moelleux chocolat blanc avec de
la poudre d'amande. Image M&M.

J’ai choisi de vous donner une autre recette – sans photo :

Moelleux noisette, cœur de spéculos

Pour 4 gros moelleux (que l’on peut confectionner avec des cercles, mais à adapter selon vos moules) ou 8 petits :

Le gâteau :
130 g noisettes en poudre (mixer plus ou moins finement si vous voulez qu’il y ait des morceaux)
5 spéculos à mixer pour réduire en poudre.
100 g de sucre glace
70 g beurre à faire fondre au bain-marie
6 c. à soupe de crème fleurette
1 œuf + 1 jaune (je ne le mets pas)

Le cœur :
50 g de chocolat au lait (j’ai plutôt du noir ou du blanc) à faire fondre au bain-marie
2 c. à soupe de crème fleurette
15 g de beurre demi-sel
1 spéculos

Préparer le moelleux. Mélanger les œufs, le sucre glace, la poudre de noisette et de spéculos, la crème, le beurre fondu. Placer la pâte au frais.
Pour le cœur, ajouter au chocolat fondu la crème et le beurre. Ajouter le spéculos en morceaux. Mouler les ganaches dans des moules en silicone, 1 h au congélateur. Vous pouvez aussi les mettre dans un bol au congélateur et creuser ensuite les cœurs à la cuillère.
Préchauffer le four à 180°C (th. 6). Remplir les moules aux deux tiers de pâte, disposer un cœur de spéculos. Enfourner et cuire 7-8 minutes.


Troisième participation au challenge Les livres gourmands de Syl. J'ai atteint le niveau que j'avais choisi (d'ailleurs je n'ai plus de livres de cuisine, prenant mes recettes sur internet ou dans les journaux). 

vendredi 20 juillet 2012

Les ours nous montrent ce que nous serions devenus si nous n’avions pas abandonné la nature et choisi de vivre dans des villages, des villes et des banlieues.


Doug Peacock, Mes années grizzly, traduit de l’américain par Josiane Deschamps, 1e éd. 1987, paru chez Albin Michel en 1997, Paris, Gallmeister, 2012.

Il y a un an, j’ai lu Les derniers grizzly de Rick Bass, livre qui m’avait fait une forte impression et où apparaît Doug Peacock comme un héros improbable. Quand j’ai eu la possibilité de lire un livre sur les grizzlys écrit par Peacock lui-même, je n’ai guère hésité.
Il s’agit d’un recueil de plusieurs textes relatant sa relation au grand ours américain. Peacock est un ancien du Viêt-nam revenu inadapté à la vie collective, qui trouve un refuge mental dans les montagnes sauvages. Il part camper, seul, dans les régions les plus reculées, celles délaissées par l’être humain (quoique, à l’ère de l’aviation, plus rien n’est à l’abri des bruits de moteur), celles où s’est réfugié l’animal le plus chassé du pays.
Il est souvent fait mention des Indiens, exterminés au même titre que les bisons et les grizzlys. Il fait remarquer que la nature sauvage a été inventée par l’homme blanc. Peacock est très critique vis-à-vis des administrations, accusées de favoriser la fin de l’ours, y compris celles des parcs nationaux pour qui les zones sauvages sont une perte.

Nous croisâmes un groupe de quatre bisons, des mâles aux longs poils rudes, qui se tenaient dans le vent et qui nous regardèrent passer sur le sentier à une quinzaine de mètres d’eux. Plus loin, en contrebas, on pouvait apercevoir d’autres bisons qui paissaient dans le brouillard. Devant nous, une nappe de vapeur traînait au-dessus du cours d’eau qu’alimentaient de nombreuses sources chaudes. C’était tout cela le pays grizzly.

L’auteur est fasciné par les grizzlys, par leur proximité avec l’être humain (l’ours est omnivore, ronfle, joue, flanque des baffes à ses petits) et par leur caractère primitif et imprévisible. Une force brute venue de la nuit des temps. Il souligne que leur nature n’a plus aucune place dans un territoire entièrement occupé par l’homme, alors qu’il conviendrait de laisser des espaces où les ours ont le droit de se comporter en ours. Il n’idéalise pas le plantigrade, ayant peur de leur violence, pris de tremblements à l’idée qu’un ours qu’il connaît ait pu s’attaquer à un être humain. Une forêt habitée par un grizzly rend le marcheur plus humble.

L’ours se détourna lentement, avec élégance et dignité, puis, d’un pas cadencé, il s’enfonça dans le bois à l’autre bout de la clairière. J’avais le souffle court et le visage cramoisi. Je sentais que je venais d’être touché par quelque chose de très puissant et de très mystérieux.

Image Wikipedia.
Le récit de ces immenses randonnées est très concret, on est loin ici des évocations lyrico-romantiques. Jours de marche, kilomètres, pluviométrie, pente, végétation, espèce des arbres… tout compte si l’on veut camper au milieu de ces animaux. Le moindre élément peut vous sauver la vie et si Peacock est un homme hors du commun, il n’est pas un héros.
J’ai beaucoup, beaucoup aimé ce livre que j’ai trouvé apaisant. La simplicité de la langue et du sujet m’a séduite. Il s’agit simplement d’aller voir les grizzlys, de marcher et de reprendre l’année suivante. On prend de la hauteur avec notre existence quotidienne, en songeant que quelque part, dans un endroit inaccessible, un gros ours laisse son empreinte griffue sur le sol.

Au milieu d’une touffe d’herbe sèche, j’aperçus les grandes oreilles d’un gros lièvre. Translucides, éclairées à contre-jour par le soleil d’après-midi, elles étaient parcourues par tout un réseau de veines bleues. Je lançai mon plus beau hurlement de coyote, et le lièvre détala parmi les immortelles.

L’avis de Lili. Merci à Babelio et à Gallmeister.
Et Kazantzakis fait une apparition ! Si, si !


mercredi 18 juillet 2012

L’expression de leur visage affichait clairement qu’ils n’avaient aucune idée de ce qui avait pu se passer.


Arnaldur Indridason, La Rivière noire, traduit de l’islandais par Éric Boury, 1e éd. 2008, Paris, Métailié, 2011.

Trouvé alors que j’errais comme une âme en peine au relais H du terminal 2F de l’aéroport Charles de Gaulle à mon retour de vacances et dévoré joyeusement.
Il ne s’agit pas d’une enquête d’Erlendur, en excursion quelque part dans les fjords. C’est Elinborg, enquêtrice tout aussi chevronnée, qui opère.
Un jeune homme, Runolfur, vient d’être retrouvé égorgé chez lui, dans un quartier tranquille. Sa veste contient un sachet de la drogue du viol. L’hypothèse privilégiée est celle d’une victime de viol revenue se venger. Mais c’est peut-être plus compliqué que cela.
C’est un très bon polar, mené à un bon rythme, avec des portraits très réussis. Il y a quelques scènes avec la famille d'Erlendur, mais très peu, juste assez pour suivre son quotidien. Le climat islandais n'est pas mis à l'honneur. Le sujet abordé – le viol – est dur et cela donne une tonalité grave au livre, assez prenante.
Petite note : je ne peux m’empêcher de penser que Reykjavik est une toute petite ville quand on pense à la facilité avec laquelle on peut retrouver un amateur de cuisine indienne !

Je trouve que’on ne devrait pas comme ça passer notre temps à évacuer l’Histoire et les métiers qui ont fait cette ville à coups de pelleteuse. Voyez ce qu’on a fait de la rue Skulagata. Qui se souvient encore de Völundur, de Kveldulfur ou des Abattoirs de Slaturfélag ? Et voilà maintenant qu’ils vont aussi effacer les chantiers navals.

L'avis de Mes petites idées

lundi 16 juillet 2012

Vous pardonnerez à un homme de cœur de se trouver humilier en se voyant pris pour un épagneul.


Honoré de Balzac, La Duchesse de Langeais, 1834.

C’est le deuxième volet de L’Histoire des treize que je lis après La Fille aux yeux d’or.
Lors du premier chapitre Balzac nous plonge dans une atmosphère étrange et hors du temps. Nous sommes sur une île au large de l’Espagne, dans un couvent inaccessible. Un officier de l’armée française débarque et à l’écoute de l’orgue lors de la messe sait qu’il a retrouvé celle qu’il pourchasse depuis des années. Lui, c’est Armand de Montriveau. Elle, c’est Antoinette, duchesse de Langeais, devenue sœur Thérèse. Il existe entre eux un amour violent.
Mais… brusque retour en arrière. Des années auparavant quand ces deux-là se sont rencontrés à Paris, dans les salons aristocratiques de la Restauration... Ici se place une évocation nostalgique des supposés salons mondains de l'Ancien Régime.

J’ai plutôt aimé ce roman. J’ai apprécié le début, brutal et exotique, peu balzacien, qui est la marque de l’Histoire des treize. On retrouve également ces hommes masqués, aptes aux coups de force, qui donnent une couleur aventureuse à cette histoire d’amour parisienne. Les héros m’ont moins plu, surtout Antoinette, une petite sotte à mon goût (même s'il faut faire la part des réflexions sexistes pénibles de Balzac). Son évolution psychologique me semble peu vraisemblable. En revanche, j’ai apprécié la note stendhalienne du roman : le thème de l’enlèvement d’une femme du couvent relève des Chroniques italiennnes. Quant à la vanité d’Antoinette, elle fait penser à celle de Mathilde de La Mole dans Le Rouge et le noir (paru en 1831). Armand est un peu mieux traité (il offre à l’auteur un miroir plus valorisant) avec son aura d’explorateur. 
Le dénouement me plaît parce qu’il accole le romantisme du XIXe siècle (vision stéréotypée de l’Espagne, goût du pathétique) à une certaine ingénierie à la Jules Verne (rien compris à cette histoire de câble). L’Histoire des treize allie passions mystérieuses et violentes et hommes d’action, c’est plutôt un bon mélange.

Saint-Pétersbourg, statue de Balzac par Rodin.
photo M&M.

L’avis de Marie et challenge Balzac.

Il l’avait déjà dit vingt fois, ou plutôt la duchesse l’avait vingt fois lu dans ses regards, et voyait, dans la passion de cet homme vraiment grand, un amusement pour elle, un intérêt à mettre dans sa vie sans intérêt. Elle se préparait donc déjà fort habilement à élever autour d’elle une certaine quantité de redoutes qu’elle lui donnerait à emporter avant de lui permettre l’entrée de son cœur. Jouet de ses caprices, Montriveau devait rester stationnaire tout en sautant de difficultés en difficultés comme un de ces insectes tourmenté par un enfant saute d’un doigt sur un autre en croyant avancer, tandis que son malicieux bourreau le laisse au même point.



samedi 14 juillet 2012

La Finlande : "Oh, un lac !"


Bonjour
Je suis donc revenue de Finlande (16h de voyage mercredi !).
C’étaient de très belles vacances, une vraie réussite. J’ai rejoint à Helsinki l’amie Marie-Neige (alias le Troll farceur). On se sent un peu chez nous là-bas, on loue un appart, on va au marché, à la supérette, on a nos habitudes au sauna… 

Notre sauna. M&M
Helsinki est une belle ville, à la fois de petite taille mais aménagée avec beaucoup d’espaces. Des rues larges, avec des trottoirs immenses, des automobilistes tout calmes. L’année dernière nous avions découvert les cerises finlandaises, cette année, parties un mois plus tôt, ce furent les fraises, délicieuses !
les fraises des bois - M&M
Au bout de quelques jours nous avons pris le bateau la nuit* pour atteindre Saint-Pétersbourg au matin. Nous avons passé deux jours en Russie, un séjour en forme d’apéritif découverte. On n’a pas cessé de lancer des « ouah, c’est trop beau » et le musée de l’Ermitage nous a occupées… euh… 6-7 heures… (oui, on a fait toutes les deux de l’histoire de l’art, c’est une calamité).

La Neva et Saint-Pétersbourg. M&M
Puis on a repris le train pour la Finlande. Bonne nouvelle (à comparer avec l’Eurostar) on peut bondir dans le wagon une minute avant le départ, les contrôles d’identité se font à bord. Il vous suffit de courir à fond de train en plein soleil en traînant votre valise et en sachant lire « Helsinki » en cyrillique.

Le premier jour du voyage, on photographiait tous les
lacs. Après on a compris qu'il y en avait beaucoup.
M&M
Nous sommes descendues au milieu de nulle part, dans une gare où un train chargé de troncs de bouleaux attendait de partir. Après deux bus, nous sommes enfin arrivés dans l’endroit idyllique où nous avons achevé notre séjour. En Carélie du Sud, dans un gîte en forêt, au bord d’un lac. C’était formidable de dépaysement. Petits déjeuners royaux, balades en forêt, baignades dans le lac. Tant de calme…

ouiii... M&M
La nuit… une façon de parler. En ce moment, il ne fait pas nuit en Finlande. Le soleil baisse doucement à l’horizon à partir de 21-22h mais il ne descend pas assez pour qu’il puisse faire nuit noire. Simplement à un moment on passe au gris, à cause de l’absence de soleil (et non pas à cause de nuages), et puis il fait à nouveau jour. C’est le moment pour faire une cure de soleil, d’ailleurs je me suis pris un coup de chaud à Saint-Pétersbourg. En plus, les rayons du soleil ne nous parviennent pas selon le même axe. La lumière du soleil est très blanche, presque violente, d’une clarté difficile à supporter, même le soir, même avec les lunettes de soleil. Je vous rassure, amis parisiens, on a eu aussi un peu de pluie.

vendredi 13 juillet 2012

Je n'ai pas disparu

Un coucou en passant. Je suis en train de venir à bout des centaines de photos de vacances, je vais donc pouvoir vous concocter un billet ce week-end. Puis j'actualiserai les liens du viaggio et enfin je rendrai visite aux blogs de tout le monde... pas d'impatience !

jeudi 12 juillet 2012

L’oiseau et le poisson peuvent tomber amoureux. Mais où construiront-ils leur nid ?


Richard Powers, Le Temps où nous chantions, traduit de l’américain par Nicolas Richard, 1e publication 2003, Paris, Le Cherche midi, 2006.

J’avais essayé de lire ce roman au printemps mais sans succès. Comme j’en entendais beaucoup de bien, j’étais décidée à lui laisser sa chance et j’ai emmené ses 1040 pages avec moi en Finlande. Je l’ai fini mais je ne suis toujours pas convaincue.
L’histoire a tout pour intéresser. Nous sommes aux États Unis, dans les années 60. Nous suivons le destin de la famille Storm du point de vue de Joseph, le fils cadet, et un peu aussi, grâce à des retours en arrière, de Delia, la mère. À la lecture progressive du 1er chapitre nous comprenons lentement que cette famille n’est pas comme les autres et pas seulement en raison du don pour la musique qui habite chacun de ses membres. Le père David est un juif allemand dont toute la famille a péri sous le nazisme, immigré mais blanc. La mère Delia descend des tout premiers habitants de l’Amérique, elle est noire. Leurs trois enfants sont chacun d’une couleur différente mais tous ont sur leur acte de naissance la mention « de couleur ». Élevés dans l’amour et la pratique instinctive de la musique classique, ils ignorent tout du monde extérieur et de la folle ségrégation. Le roman raconte leur vie.


Les fils virtuoses de la musique classique, celle des blancs, celle de l’Europe. La fille qui s’engage pour le combat pour les droits civiques. C’est d’abord cela que raconte le livre : une mère qui ne peut accompagner ses enfants dans un magasin car ils n’ont pas la même couleur de peau. C’est extrêmement intéressant d’avoir accès aux récits des souffrances anciennes et quotidiennes, aux combats et déchirements intérieurs toujours recommencés – mais le livre est loin d’avoir la violence de Chien blanc de Romain Gary.
Les passages les plus réussies sont celles où l’auteur essaie de décrire la musique, la voix, les concerts, les chœurs, les mouvements des instruments. C’est un pari audacieux et réussi, le livre donne envie de musique, toutes sortes de musiques.
Mais l’ensemble du livre m’a laissée un peu froide et les personnages ne m’ont pas intéressée. C’est dû à l’écriture qui assourdit tous les événements et met du miel là où il faudrait un peu de relief. C’est dommage.

Des huit vives mesures, la voix de soprano s’élève, comme un crocus poussé dans la nuit sur un gazon encore frappé par l’hiver. L’air progresse de la manière la plus simple : un do stable entre sur le temps faible, tandis que le temps fort se rétablit sur le instable de la gamme. À partir de cette impulsion légère, le morceau se met en mouvement, jusqu’à se chevaucher lui-même, se livrant à une sorte de catch à quatre avec son propre double alto. Puis, en une improvisation commandée par la partition, les deux lignes de chant se replient sur le même inévitable sentier de surprises, moucheté de taches mineures et d’une lumière soudain vive.

Participation aux 12 d'Ys, catégorie "pavé" (6/12). Le billet de Bernard qui avait beaucoup aimé.




lundi 2 juillet 2012

Humeur du ... lundi



Humeur décalée d’une journée… À l’heure où vous lirez ces lignes je serai loin de Marseille.
Oui, lundi, à l’aube, je reprends le chemin de la Finlande en compagnie de Marie-Neige, alias le Troll farceur qui me fournit gratuitement en musique métal pour la Grèce et l’Italie. Nous avons prévu un bon petit circuit – vous aurez quelques images au retour bien sûr.
L’année dernière je vous avais concocté un programme « découverte du Kalevala », vous pouvez toujours le relire sur la page Suomi qui rassemble tous les articles sur la Finlande de ce blog.
Normalement ce blog reprendra son cours habituel le 12 juillet… mais vous pouvez déposer vos commentaires un peu partout.

Port d'Helsinki. Image M&M.