La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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jeudi 25 novembre 2021

Il réalisait combien lui-même vivait à vau-l’eau.

 Paul Nizon, Stolz, roman traduit de l’allemand par Jean-Louis de Rambures, parution originale 1975, édité en France par Actes Sud.

 

Stolz, le héros, si l’on peut dire, traîne sa vie dans une ville suisse, puis dans la campagne allemande. Il voyage, travaille, se marie, a un enfant, s’inscrit à l’université, en histoire de l’art, sans qu’il semble réellement le vouloir. Pas étranger, mais absent à lui-même et sans volonté propre. Il reçoit un électrochoc en découvrant la peinture, puis la correspondance de Van Gogh, un homme, lui, doué de volonté, désireux de se consacrer au travail et à l’étude. Il est fasciné par ce destin et mesure tout ce qui l’en sépare.

En voilà un drôle de livre. Il ne s’y passe pas grand-chose et le personnage n’a rien de très sympathique. Pourtant on le suit dans ses errances dans la campagne allemande, dans la boue et la neige, auprès de paysans plutôt simples. Les lettres de Van Gogh sont longuement citées et offrent une véritable bouffée d’oxygène dans cet univers atone.


C’était un besoin de possession, une force ravageuse, mais aussi vivifiante. Elle pénétrait jusqu’à l’intérieur des chairs et des nerfs et faisait que les choses se mettaient soudain à bouger, à s’étirer et à se dilater, à palpiter, à chatoyer et à clamer. Sur certains tableaux du peintre, les détails ressortaient avec un paroxysme de violence existentielle et, en même temps, ils semblaient aussi légers qu’un souvenir.


J’ai retrouvé la description de l’amphithéâtre d’un cours d’histoire de l’art, baigné dans l’obscurité, où les diapositives des œuvres défilent, à peine visibles, et où l’on s’endort doucement.

Une jeunesse ou une existence désenchantée et étriquée. Des joies et des déceptions, mais rien d’important.

C’est un bel hommage à Van Gogh, surtout dans ses œuvres de jeunesse, les moins connues. Pas un artiste fou, fantaisiste ou capricieux, mais quelqu’un qui travaille avec ardeur et acharnement, tout simplement. Il y a de belles évocations de sa peinture pleine de couleur et de dynamique, d’énergie.

 

Van Gogh, Métier avec tisserand, 1884, Otterlo Kröller-Müller museum


Toute sa vie lui faisait penser à une sorte de déguisement qu’un autre lui aurait imposé sans qu’il y fût pour rien. Il vivait comme à l’extérieur. Se sentait souvent honteux sans la moindre raison. Aimait porter des manteaux.

 

Les champs étaient par endroits saupoudrés de blanc et ces traînées, ces mouchetures neigeuses qu’un souffle léger avait déposées sur la terre brun-rouge, conféraient au paysage quelque chose d’éblouissant en même temps que de glacial. Derrière la vitre, la campagne s’étendait, irréelle, figée dans une immobilité absolue, un état virginal – chloroformée.


J'ai lu ce livre en octobre, ce qui me permet d'avoir une participation aux Feuilles allemandes. Ouf !



samedi 2 octobre 2021

Vincent Van Gogh

 

Avec Van Gogh, sommes-nous encore dans l’impressionnisme ? Pas vraiment, mais on va dire que ses œuvres sont très belles et que je devais vous les montrer. Et il s’inscrit dans la lignée des impressionnistes (et puis j’ai répondu à cette question la semaine dernière).

Vincent Van Gogh (1853-1890) est néerlandais, venu parfaire sa formation artistique à Paris, comme beaucoup d’autres, mais il a également vécu et étudié à Bruxelles et à Londres. Il est aidé par son frère Theo, galeriste, et visite la dernière exposition impressionniste (celle de 1887). Il travaille avec Pissarro, Seurat, Signac, Gauguin. Il séjourne à Arles, sous le soleil aveuglant de la Provence. Puis s’installe à Auvers-sur-Oise, où il peint de nombreuses toiles. Les premiers articles critiques positifs paraissent à cette période, alors qu’il n’a pas encore 40 ans (c’est peut-être un artiste maudit, mais s’il avait vécu 20 ans de plus, il aurait été reconnu de son vivant comme les autres) (oui, il y a un peu du mythe et de la construction dans la figure de l’artiste maudit). Mais comme l’on sait, c’est quelqu’un de mentalement instable et malheureusement il se suicide à 37 ans.

On connaît sa vie principalement au travers de sa correspondance avec son frère Theo.

Parmi ses premiers acheteurs, on trouve… Edgar Degas (quelqu’un au goût très sûr).


Allée de peupliers en automne (1884, Huile sur panneau, Amsterdam VG museum). Parce que le jeu sur les couleurs est magnifique, non ? Les ombres et les lumières sur le sol, cette silhouette humaine, ce bâtiment mystérieux, et les feuillages dorés dans le ciel bleu.

Le Restaurant de la Sirène à Asnières (1887, Orsay). Parce que ce tableau est très clair pour un Van Gogh et en même temps on reconnaît bien la fameuse touche et cette multitude de lignes qui donne une allure très dynamique à un sujet plutôt statique.

Les ponts d'Asnières (1887 Fondation Bührle Zurich). Un tableau très urbain avec les ponts, le train, les fumées des usines à l'arrière-plan et une dame en rouge qui illumine la toile. Encore une fois : quel sens des couleurs !

Saules têtards au soleil couchant (1888 Huile sur carton, Otterlo Kröller Müller museum). Le soleil de Provence peut être très sombre chez Van Gogh. Ici les lignes des arbres et des herbes traversent les rayons du soleil. Et c'est très étrange.

L'Oliveraie (1889 privé). Un magnifique mouvement agite cette toile. Les troncs noueux des oliviers, le moutonnement du feuillage qui se confond avec un genre de ciel et le sol qui s'agite.

La Nuit étoilée (1888 Orsay). Attention chef d'oeuvre mondialement connu. La nuit étoilée au-dessus du Rhône à Arles avec un rendu très savant et subtil des lumières et une incroyable intensité de coloris. Le rendu de l'eau est fascinant, avec tous ces bleus, noirs, verts, violets, traversés par la lumière.

Chaumes de Cordeville à Auvers-sur-Oise (1890 Orsay). La petite chaumière de rêve, dans un camaïeu de verts clairs tout à fait charmant. Mais avec l'agitation étonnante du ciel et des grands arbres qui s'élèvent comme des flammes. Tout cela semble vivant.

Melle Gachet dans son jardin à Auvers-sur-Oise (1890 Orsay). J'aime bien ce jardin aux tons très clairs, presque sans couleur vive.

À l'occasion de ce billet, je me rappelle que j'ai visité le musée d'Orsay en novembre 2020 juste avant sa fermeture. Il n'y avait personne. C'était très étrange de voir ces tableaux impressionnistes, admirés dans le monde entier, qui semblent être faits pour être admirés et loués par un grand nombre de spectateurs, dans des salles désertes, attendant désespérant le visiteur.
À Arles, nous avons la chance que de petites expositions Van Gogh soient souvent organisées, pour montrer des tableaux issus de collections peu connues et c'est toujours un plaisir.

Une série. Les peintres impressionnistes : Édouard Manet ; Claude Monet ; Berthe Morisot ; Camille Pissarro ; Auguste Renoir ; Alfred Sisley ; Mary Cassatt ; Edgar Degas. 
Il ne reste plus que deux billets !